mardi 11 septembre 2018

"Histoire et Cinéma" 2018 - 2019 à l'Institut Lumière



Bonjour à tous

Le programme "Histoire et Cinéma" a pour objectif de montrer combien les films sont des témoins de leur temps. Chaque séance aborde des points des programmes d'Histoire contemporaine du collège et du lycée et est constituée de nombreux extraits de films de l'époque étudiée, sauf séances spéciales. Des commentaires en direct analysent le langage cinématographique utilisé et les idées se trouvant dans les films.

C'est aussi un moyen de permettre la transdisciplinarité des enseignements (lettres, philosophie, langues) en fonction des séances.
Des fiches pédagogiques à compléter accompagnent le plan de la conférence et reprennent les titres des films utilisés.

Inscriptions des classes en contactant Elodie Cartier Millon du service pédagogique:
par téléphone: 04 78 78 18 89



Mardi 6 novembre 2018
Journée spéciale 10h00  et 14h30 – Classes de 3ème et 1ère
 « La Première Guerre mondiale au cinéma »
Dès 1918, le cinéma a relaté la Grande guerre par la fiction très rapidement jusqu’à aujourd’hui. Russes, Américains, Français, mais aussi Italiens, Britanniques ou encore Australiens ont raconté cette guerre, de la montée des nationalismes qui l’ont causée à l’armistice qui la conclut, en passant par les combats dans les tranchées, les conditions de vie, les relations avec l’arrière et la brutalisation des corps. Cette séance proposera un panorama de presqu’un siècle de cinéma racontant ce conflit mondial, permettant à la fois de le comprendre mais aussi de saisir son importance à l’échelle géographique mais aussi dans le temps.

Jeudi 22 novembre 2018
10h – Classes de 1ère
Guerre Froide et nouvelles conflictualités (de 1947 à nos jours)
Parce que le cinéma n'est jamais aussi efficace que dans des histoires manichéennes pour toucher les masses, il a donc été largement utilisé pour produire de nombreux films vantant l'idéologie de chacun des camps. La séance abordera essentiellement le point de vue américain avec quelques extraits de films du bloc de l'Est.


14h30 – Classes de 3ème
La Seconde guerre mondiale : guerre d'anéantissement (1939 – 1945)
Outil de propagande idéologique, le cinéma montre également l'implication totale des belligérants pour détruire l'ennemi : mobilisation humaine, innovation technologique, industrialisation massive.
Mais la situation de la France n'est pas absente des cinéastes, français comme américains.
Quant au sort des Juifs, il faut attendre l'après-guerre et parfois bien au-delà pour oser aborder le sujet du fait génocidaire

Mardi 15 janvier 2019
10h00 – Classe de Terminales
Les États-Unis et le monde depuis 1918
La puissance américaine s'est imposée progressivement au monde après sa participation à la Première guerre mondiale, tant par ses aspects économique, culturels, idéologiques et militaires. Le cinéma fut pour cette occasion un vecteur sensationnel de communication de cette réalité. La séance revient donc sur la mise en place de cette puissance jusqu'à sa remise en cause en ce début de 21e siècle en passant par son apogée dans les années 1990.

14h30 – Classe de 3ème
Un monde bipolaire au temps de la Guerre Froide (1945 – 1991)
La période de la guerre froide oppose deux camps et deux idéologies radicalement opposées. Cette vision binaire du monde a suscité alors des productions de films souvent manichéens vantant l'idéologie d'un camp et diabolisant celle du camp adverse. Le point de vue de la séance sera celui occidental.


Jeudi 7 mars 2019
10h00 - Classes de 3ème
Affirmation et mise en œuvre du projet européen (de 1948 à nos jours)
Au lendemain de la Seconde guerre mondiale, l'Europe est écrasée entre les deux blocs. Autour des deux ennemis majeurs, la France et l'Allemagne, le cinéma va accompagner sous différentes formes les volontés politiques d'une construction européenne autour du commun plutôt que sur les différences.

14h30 - Classes de 4ème
Révolution industrielle et colonisation (de 1895 à 1940)
Le 7e art est surtout lié au développement industriel dont il est de fait issu : progrès technologique et consommation de masse. Les œuvres des débuts du cinéma vont présenter le monde tel qu'il est dessiné par les puissances industrielles et coloniales. Cette séance pour les classes de 4e permet d'aborder avec des films simples, contemporains ou légèrement postérieurs à la 1ère guerre mondiale, le programme de fin d'année tout en appréhendant déjà un peu les enjeux évoqués en 3e .

Mardi 9 avril 2019
10h00 – Classes de 1ère
Les combats de la Résistance et la refondation républicaine (1940 à 1946)
La situation de la France pendant la guerre a été filmée par des cinéastes français mais également par les cinéastes américains, témoignant autant de la réalité du régime de Vichy que de la Résistance et de son organisation préparant le retour à la République, incarnée alors par Charles de Gaulle.

14h30 - Classes de 1ère  
La République et les évolutions de la société française (depuis les années 30)
Le cinéma français est un cinéma social qui a fait des citoyens ordinaires des héros de cinéma. Des ouvriers des années 30 aux femmes émancipées, bien des films ont illustré l'évolution de la société française.








vendredi 24 août 2018

"En eaux troubles": quand les USA regardent vers l'Asie et la Chine

Bonjour à tous,

Hier, 22 août 2018, est sorti en salle le blockbuster En eaux troubles, énième film racontant l'histoire d'un gros poisson menaçant d'innocents humains pacifiques.
Réalisé par Jon Turtelaub, producteur et réalisateur de films très grand public comme la saga des Benjamin Gates ou le fameux Rasta Rockett, avec comme star portant le film un certain Jason Statham, En eaux troubles est le film qui doit faire un carton au box office cet été, jouant sur la peur des requins avec des clins d'œil avec le film référence, Les dents de la mer, visant un public à la fois jeune amateur de sensation fortes, mais pas trop sanglantes non plus permettant à un public plus familial de passer un moment ensemble, le tout avec un comédien incarnant le film d'action.
Mais plus que cela, En eaux troubles se distingue par le choix de se tourner vers l'Asie, que ce soit dans le casting, dans les lieux de tournage et dans le financement.
En eaux troubles serait-il alors seulement un film conçu pour remplir les tiroirs-caisses de ses distributeurs/producteurs et pourvoyeur de vente de pop corn dans les multiplexes du monde entier?

Autant le dire tout de suite, je ne suis pas le spectateur cible de ce type de productions. Pourtant je n'ai pas eu de déplaisir à le regarder. Aussi curieux que cela puisse paraître, le film remplit parfaitement sa mission de blockbuster... mais il est en plus très intéressant sur ce qu'il raconte de notre monde actuel!

Bande Annonce





Un cartoon à sensations
Inutile de chercher dans ce film une cohérence dans le scénario ou dans les situations de tension. Le spectateur doit se laisser porter par la chronologie des actions et des rebondissements. Tout est cousu de fil blanc. Oui, et alors? On sait que des personnages vont mourir, mais on ne sait pas qui. On sait que certains seront parmi les rescapés. On sait très bien que le héros devra affronter le mal sans même souffrir physiquement à la hauteur du combat mené. Chaque fois que la fin semble être proche, un ultime rebondissement sera proposé... jusqu'au générique. Ok. On le sait à l'avance. Il n'y a donc pas de surprise à ce niveau là.
Ne pas accepter ces principes propres aux blockbusters d'action, c'est comme aller voir un film de Woody Allen et attendre que des séquences remplies d'effets spéciaux remplissent l'écran. Mais là où En eaux troubles est finalement acceptable, c'est qu'il ne se prend jamais vraiment au sérieux. Tout le film est jalonné de petites scènes comiques, parfois mêlant angoisse et référence, comme dans ce plan où le monstre marin apparaît en plein écran derrière la jeune héroïne. L'image est à la fois menaçante et renvoie tout aussitôt à un plan plus drôle se trouvant dans Le monde de Némo.
Certes, toutes ne sont pas forcément les plus fines qui soient, mais elles sont suffisamment nombreuses et décalées pour permettre d'accepter les incohérences scénaristiques. Par exemple, alors que la bêbête menace une plage chinoise, un enfant plonge dans la mer avec sa bouée, sucette en bouche et se retrouve confronté au danger. Après la séquence mouvementée et effrayante, le même gamin, toujours dans l'eau, retrouve son calme et remet sa sucette en bouche comme si de rien n'avait été. Après Pixar, on se retrouve presque chez Tex Avery.
Mais évidemment, on peut ne pas aimer ce genre de film et ce genre de distance prise avec ce type de blockbuster. Mais En eaux troubles en dit plus que ce récit rocambolesque entre des hommes et un gros poisson.

Les nouveaux territoires à explorer
Ce n'est pas une nouveauté et régulièrement le cinéma invite les spectateurs à imaginer les nouveaux territoires qu'il reste à découvrir à l'humanité. Si pendant les débuts du cinéma, les forêts tropicales représentaient un mystère absolu dans les films, depuis que l'essentiel des terres émergées a été cartographié et même s'il reste des espèces animales terrestres à découvrir, les nouvelles frontières à franchir sont dans deux directions: l'espace interstellaire et les fonds marins. Si le premier est régulièrement investi par le cinéma, et particulièrement par le cinéma américain, les profondeurs océaniques le sont beaucoup moins. Or à bien y regarder, pour ces deux espaces méconnus, les ressemblances sont troublantes quand bien même la distance à parcourir est bien différente. Coût des investissements à consentir, matériel résistant à la pression ou à la chaleur, durée pour voyager, tenues appropriées pour les explorateurs, conséquences sur leur santé, espoir de découverte d'espèces vivantes inconnues, confirmations de théories scientifiques... D'ailleurs Abyss de James Cameron en 1989 ou à Sphère de Barry Levinson en 1998 additionnaient les deux espaces, faisant de l'océan une sorte de territoire préservé pour des espèces extraterrestres.
Or la particularité de En eaux troubles est de placer son histoire sur la base de recherches scientifiques portant sur l'étude des fonds des océans, élaborant une théorie sur la possible existence d'un espace sous-marin situé sous ce qui constituerait le fond de la fosse Marianne. Ici point de présence extra-terrestre mais celle d'une vie sous-marine endogène et protégée des hommes. Les espèces animales sont à la fois inimaginables et certaines menaçantes voire agressives et dangereuses. Des êtres préhistoriques comme dans Jurassic Park donc, pas ressuscitées par la bio-génétique mais préservée dans un territoire protégé par un océan de 10 000 mètres de profondeur et dans lequel vit le plus grand prédateur sous-marin de tous les temps, un requin géant appelé mégalodon.
Comme pour la conquête de l'espace, les investissements sont colossaux. Mais à la différence de celle-ci à ses origines, il s'agit d'un financement privé. Une sorte d'Elon Musk, le patron de Space X,  D'ailleurs, il y a une certaine similitude entre le patron de Tesla et Morris, le milliardaire finançant la base off shore d'étude des océans. Pas de costume cravate, une familiarité avec ceux qui travaillent pour lui, un côté adolescent à l'idée de découvrir l'inconnu mais aussi une approche pragmatique sur la rentabilité de ses investissements. Peu importe ce que ce que ces recherches coûtent, peu importe que des machines soient détruites, ce qui compte est de pouvoir ensuite optimiser économiquement le résultat des découvertes, notamment face à une concurrence potentielle.

Des nouveaux territoires à investir
Mais En eaux troubles ne raconte pas seulement le potentiel imaginaire que représentent les fonds sous-marins encore inexplorés. Il démontre que les USA se tournent ostensiblement vers le Pacifique et plus précisément vers la Chine.  En effet, le livre de Steve Alten, Meg: a novel of deep terror publié en 1997, plaçait l'action et la menace du mégalodon sur les côtes californiennes. Le changement de lieu est dû à plusieurs facteurs. D'abord les abandons successifs du projet d'adaptation du livre. Puis, plus récemment, à la co-production chinoise de Gravity Pictures, qui prend en charge la distribution en Chine. La conséquence de cette co-production est à la fois économique et artistique. Hors écran, cette participation du géant asiatique permet au film d'avoir un budget plus important mais également de s'ouvrir à un marché de plusieurs centaines de millions de spectateurs. De par cette co-production, En eaux troubles devient un film chinois et contourne de fait les quotas imposés en Chine limitant le nombre de films étrangers distribués dans le pays. C'est donc une manne financière non négligeable à saisir qui est permise par un tel montage financier car le film peut engranger des recettes en salles en plus de celles espérées sur les territoires habituels pour ce genre de production, que ce soit sur le continent américain ou sur le deuxième marché hollywoodien, c'est-à-dire l'Europe. À la différence que le marché chinois est encore presque vierge de ce genre de spectacle et que le co-financement est à l'échelle et du pays et de ce genre de production. L'Europe devient de fait un espace plus marginal et un territoire rapportant des revenus en salle complémentaires.
Sur l'écran, l'orientation vers la Chine est tout aussi visible. D'abord le directeur du site de recherche Mana One est chinois, l'océanographe Zhang (Winston Chao), aidé par sa fille Suyin (Bingbing Li). Ensuite, Mana One est situé au-dessus de la fosse Marianne, c'est-à-dire au large des côtes asiatiques. Enfin, tous les territoires évoqués sont en Asie, et notamment la plage de la séquence finale, censée représenter une plage chinoise, quand bien même cela a été tourné intégralement en Nouvelle Zélande!
Ce tropisme chinois et asiatique n'est pas préjudiciable pour les spectateurs américains ou européens et est en revanche un plus non négligeable pour les spectateurs chinois. Le succès du film auprès d'eux le démontre d'ailleurs. En effet, par les nombreux rôles attribués à des comédiens asiatiques, par les territoires correspondant à leur réel, le public chinois peut se projeter facilement dans l'histoire qui est racontée, comme les spectateurs américains et européens avaient pu le faire à la sortie des Dents de la mer de Steven Spielberg en 1975. En eaux troubles ne manquent d'ailleurs pas de jalonner son film de référence à cette œuvre matrice. Ainsi qu'à d'autres films d'ailleurs. Ce qui permet aux spectateurs occidentaux de se sentir impliqués autrement que par les espaces représentés.

Des nouveaux territoires mais une culture mondialisée
Si les spectateurs occidentaux ne sont pas si dépaysés par le film, c'est aussi parce que ce qui est montré de la Chine et de sa culture ressemble comme deux gouttes d'eau d'océan à la leur. Et c'est là que le film en dit encore plus que la seule histoire de mégalodon.
Que l'action se situe dans l'Océan Pacifique, soit, que le héros Jonas (Jason Statham) vive en Thaïlande, pourquoi pas. Mais que l'océanographe soit chinois, ayant des occidentaux sous ses ordres, voilà qui pourrait être troublant. Or le cinéma et la télévision américains ont depuis longtemps mis des personnages "non européens" dans des rôles de commandement. Ainsi, l'équipe qui constitue le Mana One se compose de membres d'origines ethniques très variées (des asiatiques, des noirs, des blancs...) mais également d'hommes et de femmes, ces dernières ayant des fonctions décisionnelles, que ce soit Suyin, l'ex-femme de Jonas, Lorie ou encore la scientifique Jaxx.
Mais c'est surtout par l'espace touristique de la plage chinoise  que l'effet de la mondialisation est le plus sensible bien que sacrément exotique aux yeux des spectateurs occidentaux. La multiplicité des baigneurs dans la mer, la majorité ayant des bouées autour du ventre, donne des plans d'une grande originalité au regard des plages américaines ou méditerranéennes. Cette sur-densité constitue sans nul doute une spécificité chinoise que même les plages de la Grande Motte n'égale pas. Mais elle est aussi une caractéristique d'une population de plusieurs centaines de millions d'individus qui goûte désormais aux loisirs et aux vacances, notamment balnéaires, comme autrefois les populations occidentales se précipitaient sur les plages pendant leurs congés payés.
Cette mondialisation s'observe aussi et surtout par ce qui est similaire à nos sociétés occidentales. Des dragueurs de plages aux minettes en bikini, des gamins mal éduqués aux mères happées par leur téléphone. En un plan rappelant l'arrivée du requin de Spielberg vers le bord de la plage, le spectateur découvre que les fonds marins au bord de la plage sont constellés de produits et déchets laissés par les touristes comme par exemple des tubes de crème solaire. Cette pollution semble ainsi inhérente à une société de consommation de masse. Tout comme les incivilités commises par les pratiquants de jet ski au milieu des baigneurs. Cette mondialisation ressemble de fait manifestement à une occidentalisation des pratiques sociales. Par exemple, une séquence montre un mariage au sein d'une famille bourgeoise chinoise. Or celui-ci se fait en tenue traditionnelle... occidentale, smoking pour le mari, robe blanche pour l'épouse. Et le luxe s'affiche en yacht.
Le film est donc une réussite de ce point de vue. Les Chinois s'y voient représentés positivement ou caricaturés sans méchanceté, comme les Américains ou les Européens peuvent l'être dans ce genre de films, les occidentaux, et particulièrement les Américains peuvent reconnaître et se satisfaire de voir que c'est leur mode de vie qui est adopté, voire leurs symboles qui sont adoptés ou adaptés par ce géant, comme cette statue géante à l'entrée de la baie où se trouve la plage "victime" et faisant largement penser à cette statue métallique à l'entrée de New-York.


Si En eaux troubles n'est pas le plus grand film de l'année, loin de là, il n'est pas le plus inintéressant à découvrir, pour peu qu'on se laisse aller comme on lirait un conte pour enfant, le spectaculaire en plus. Le réalisateur apporte aux spectateurs ce qu'ils attendent dans ce genre de film, les rebondissements, les moments de bonheurs simple, les éléments de frayeur, mais aussi les invraisemblances comme la discrétion d'un requin de plusieurs dizaines de tonnes au milieu d'une plage (!) ou les actes de bravoure de Jonas, nécessaires et obligatoires pour ce genre de film, et acceptables parce que le film ne se prend pas au sérieux, grâce à cet humour décalé proposé de part en part, et à de nombreuses références visuelles, allant des Dents de la mer au Monde de Némo. Mais surtout, En eaux troubles témoigne d'une double réalité, celle d'une probable réorientation du marché hollywoodien vers l'Asie et la Chine, et celle d'une Europe qui ne sera plus qu'un complément de recettes pour les majors américaines.

À très bientôt
Lionel Lacour




lundi 9 juillet 2018

Nouveau programme Histoire et Cinéma 2018 2019

Bonjour à tous

À la rentrée de septembre 2018, Cinésium proposera à nouveau ses conférences et ses formations Histoire et Cinéma.

Les conférences sont destinées aux collèges, lycées et universités français, en France et au-delà, mais aussi aux médiathèques, cinémathèques et autres institutions culturelles.

Depuis 2001, je propose ces conférences créées à l'Institut Lumière de Lyon et je permets à des enseignants de sciences

lundi 2 juillet 2018

Lumière 2018: Des accréditations pour profiter de la 10ème édition

Bonjour à tous,

L'édition 2018 du Festival Lumière, déjà la 10ème, honorera du 13 au 21 octobre l'actrice Jane Fonda qui sera la récipiendaire du Prix Lumière, 2ème femme à recevoir ce prix après Catherine Deneuve.

Mais pour profiter d'un festival qui se présente un peu plus chaque année comme le rendez-vous mondial incontournable du cinéma classique international, avec plus

vendredi 8 juin 2018

Des courts-métrages avec un smartphone? C'est possible!

Bonjour à tous

Depuis deux ans, Cinésium encadre des étudiants de l'Université Jean Moulin - Lyon 3 qui n'ont jamais fait de cinéma de leur vie, qui suivent des études de langues, de droit, d'économie ou encore de philosophie, et qui viennent de partout: France, Chine, Russie, Maroc, Turquie, Madagascar, Mexique...

Cet atelier n'a pas la prétention d'être une école de cinéma mais a pour objectif de montrer que la création audiovisuelle est aujourd'hui permise avec des moyens les plus limités si on compare avec

mercredi 7 mars 2018

"La Belle et la Belle": le bonheur se vit à deux mais seuls

Bonjour à tous

Mercredi 14 mars sortira La Belle et la Belle, le nouveau film de Sophie Fillières, une fable contemporaine, avec une pointe d'ésotérisme portée par Sandrine Kiberlain et Agathe Bonitzer.
Pour résumer le début, sans trop dévoiler les éléments de l'intrigue, Deux femmes, de plus de 20 ans d'écart, se rencontrent par hasard à Paris et découvrent qu'elles s'appellent toutes les deux Margaux et qu'elles ont une amie commune s'appelant Esther. De là à penser que la plus jeune reproduit la vie de la plus âgée, il n'y a qu'un pas que comprend immédiatement Margaux - Kiberlain.


Bande Annonce La Belle et la Belle 
(coproduction Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma)


Sur ce point de départ, Sophie Fillières transfère ses héroïnes à Lyon et l'enjeu du film n'est pas de vérifier si ce que prétend la plus âgée est vrai - elle donne suffisamment d'exemples à son double et aux spectateurs pour enlever tout doute à ce sujet - mais de savoir ce que Margaux - Kiberlain va faire de cette situation. Doit-elle empêcher Margaux - Bonitzer à faire les mêmes erreurs qu'elle? Doit-elle l'accompagner dans sa quête d'elle-même ou dans ses amours?

Fillières laisse penser même que ce que nous avons vu pourrait être une hallucination de Margaux - Bonitzer, que l'autre Margaux n'existe pas. Mais le personnage de Marc (Melvil Poupaud) contredit cette piste, puisqu'il connaît et l'une puis l'autre. Ne sachant donc pas vraiment vers quoi nous amène la fable, on doit alors s'accrocher aux quelques aspérités des personnages. Margaux - Bonitzer est une fille qui couche mais ne fait pas l'amour, elle ne sait pas ce qu'elle veut, se permet de manquer de respect à sa patronne et de voler. Elle a arrêté ses études. Margaux - Kiberlain a des amis de faculté qu'elle ne fréquente plus depuis des années, est professeur d'Histoire-Géographie (mais ne travaille jamais, n'a pas de cours ni de copies). Marc est un avocat qui s'est grillé dans le métier en couchant avec une jurée et il est amoureux de Margaux - Kiberlain avec qui il a eu une liaison.

Sophie Fillières nous présente donc plutôt des "losers" mais qui ne semblent avoir aucun problème d'argent et qui ne sont impactés par rien de la société. Quant aux relations entre les protagonistes, elles sont improbables d'acceptation des situations incongrues et disons même quasi échangistes. Et que dire de celles des protagonistes avec les autres, les ex ou les amis voire les ex-amis? Tout n'est que superficialité. Même avec les parents! Aucun personnage secondaire n'a véritablement d'épaisseur, tous sont purement fonctionnels.

Non, Sophie Fillières ne s'intéresse qu'à Marc et aux deux Margaux, centrés sur eux et uniquement sur eux. Qu'à cette intrigante confusion de destins sans que jamais ne soit donnée la clé de cette confusion. Ce qui ne pose pas un problème en soi, les fables portant toujours en elles un aspect fantastique.
C'est donc bien la vision de la société dans le film qui interroge. Une société finalement assez égoïste, avec des individus sans réelle relation avec les autres et dans laquelle chacun d'entre eux serait en quelque sorte guidé par une force qui le conduit inexorablement vers un avenir tout tracé. Margaux - Kiberlain serait dans ce schéma la matérialisation de cette force pour son alter ego. Et quand s'ouvre la porte au libre arbitre permettant à la plus jeune de s'émanciper du destin de son aînée, c'est finalement encore celle-ci qui va la guider dans cette prise de liberté.

Enfin, comme toute fable ou conte, le film se termine par une morale. Son dispositif filmique est extrêmement classique. Des destins se séparent sur le quai d'une gare. D'autres se concrétisent sur le même quai. Quant au message, il n'est pas celui des contes "ils se marièrent eu eurent beaucoup d'enfants". Mais il est assez ressemblant. Modernisé de par les atermoiements des personnages sur plusieurs années, le message renvoie malgré tout à l'idée plutôt conservatrice que le bonheur ne se conçoit qu'en couple, autour de l'idée de la fidélité comme ciment. Une vision conservatrice du bonheur mais étriquée dans une société sans autre sociabilité. Un bonheur contemporain dont Sophie Fillières ne semble pas s'alarmer. On peut aussi trouver ça désespérant.

À bientôt
Lionel Lacour


lundi 5 mars 2018

De quelle ambition européenne le cinéma est-il le témoin?



Bonjour à tous

en novembre 2017, je donnais une courte conférence aux Semaines Sociales de France sur le thème "De quelle ambition européenne le cinéma est-il le témoin?" En voici une transcription écrite.

Si le cinéma américain raconte son territoire continental avec ses mythes, ses ambitions mais aussi la remise en question du modèle américain, qu'en est-il de la représentation de l'Europe au cinéma? Si bien des films peuvent constituer une mémoire des grands lieux de l’Europe, en Italie, Allemagne, France ou ailleurs encore, peu d’entre eux semblent constituer un ciment du sentiment d’appartenance à l’Europe.
Pourtant, les débuts du cinématographe Lumière offraient une illusion de réalité européenne. Par exemple, le film Lumière Cortège des Anciens Germains (1896 opérateur inconnu) tourné à Stuttgart, permet de réaliser combien notre continent a une culture commune : histoire, traditions et religion se sont entremêlées tout au long des siècles. Pourtant peu de films abordent le fait européen en tant que tel, le cinéma européen se construisant sur des modèles nationaux. Expressionisme allemand des années 20, réalisme poétique français des années 30, néoréalisme italien d'après-guerre, nouvelle vague française de la fin des années 50 aux années 60. Si les genres ou les écoles ont influencé les autres cinémas, y compris hors d'Europe, les films évoquent bien la situation du pays où ils sont produits, à quelques rares exceptions près, comme Allemagne année zéro de Roberto Rossellini en 1947 évoquant la situation de l'Allemagne au lendemain de la Seconde guerre mondiale. Sinon, pas le moindre vrai road movie digne de New-York Miami de Franck Capra en 1934 ou bien entendu de Easy Rider de Dennis Hooper en 1969. Rien qui n'exprime clairement les Européens comme un peuple avec un projet commun, sauf quelques tellement rares exceptions qu'elles ne font que confirmer la règle. Et encore, ces exceptions sont-elles quasiment exclusivement françaises.

Après la Première Guerre mondiale : le cinéma témoin d’une Europe traumatisée
Le cinéma d’après la Première guerre mondiale évoque surtout des pays disloqués, détruits. Le cinéma germanique propose un style, l’expressionnisme, pour accentuer les contrastes et témoigner du chaos qui a frappé l’Allemagne comme l’Autriche, ce que montre particulièrement Le cabinet du Docteur Caligari de Robert Wiene en 1920. Les angles aigus, les noirs et les blancs intenses témoignent de ce monde manquant d’harmonie comme d’autres films de même inspiration l’évoquent (Faust, Nosferatu, Metropolis…).
Mais le cinéma d’après-guerre, c’est aussi l’idée que les Européens ont tous été victimes. Dans Les croix de bois de Raymond Bernard en 1932, c’est bien l’idée que Français et Allemands ont participé à une expérience commune et humainement destructrice. Cette vision est celle d’un vainqueur prêt à faire la paix avec l’ennemi. Cet élan pacifiste s’observe dans bien d’autres films. Ainsi, dans  Allô Berlin ? ici Paris ! de Julien Duvivier en 1932, l’espérance d’un continent devenu immense fédération pacifiste accompagne l’idée même qu’une histoire d’amour entre une Française et un Allemand est possible.
Ce rapprochement passe également par des collaborations franco-allemandes comme le démontrent les deux versions du film Le chemin du paradis, réalisé en 1930, l’un en français et l’autre en allemand par Wilhelm Thiele, avec le même scénario et où seuls les comédiens changent selon la version.
Mais si la question européenne ne concerne pas que les relations franco-allemandes, ce qui se passe en Espagne intéresse peu les Européens comme le démontre La belle équipe de Julien Duvivier en 1936 dans lequel les affaires d’outre-Pyrénées semblent bien éloignées des soucis des ouvriers français, davantage intéressé par les réformes sociales du Front Populaire.  Ce désintérêt est encore plus frappant dans Hôtel du Nord de Marcel Carné en 1938 qui évoque clairement la guerre d’Espagne et un positionnement clairement nationaliste et xénophobe de beaucoup de Français.
Et tandis que la menace Nazie devient plus pressante, les cinéastes français adoptent des points de vue variés. Abel Gance revisite son Napoléon en 1935 et le transforme en visionnaire d’un bâtisseur d’une Europe des peuples face à l’hégémonie du peuple aryen.  Ce en quoi Jean Renoir semble acquiescer dans La Marseillaise en 1938 opposant deux visions de la nation, celle républicaine et celle nazie. Mais c’est certainement Jacques Feyder qui, dans La kermesse héroïque en 1935 qui, réitérant le pacifisme d’avant 1933 avec comme morale simple « tout vaut mieux que la guerre ! » correspond au mieux à l’opinion publique d’alors.
Pourtant, la réalité est tout autre. Et le cinéma nazi de propagande est bien explicite. Dans Hôtel Sacher d’Erich Engel en 1939, si l’action se passe le 31 décembre 1913, c’est bien la situation de la date de sortie du film qui est décrite pour les spectateurs, celle qui remet en cause tout système multinational et vante l’idée d’un territoire sous contrôle d’un seul peuple, d’un seul Etat : le IIIème Reich.

Après la Seconde Guerre Mondiale : quand la réconciliation franco-allemande inspire les cinéastes
Après la Seconde guerre mondiale, on retrouve une transcription cinématographique du désastre. À l’expressionnisme d’après 1918 répond le néo-réalisme italien, témoignant de l’état de destruction de l’Europe en général, de l’Allemagne en particulier, comme Allemagne, année zéro de Roberto Rossellini en 1949.
Deux ans auparavant, Jacques Tourneur, dans Berlin express démontre cependant que cette Europe s’envisage, certes autour d’une reconstruction par les puissances victorieuses mais aussi et surtout sur deux piliers européens : la France et l’Allemagne.
C’est bien ce repère qui va alors orienter les spectateurs. La construction européenne passe par cette entente entre les deux ennemis d’hier. La question qui se pose est donc bien de comprendre comment l'Europe se présente désormais aux Européens sur grand écran. Et dans ce registre, avec Le déjeuner sur l’herbe, Renoir est certainement un des seuls qui, en 1959, imagine la construction européenne dans une dimension politique. Ainsi, Jean Renoir commence son film par la présentation d'un personnage interprété par Paul Meurisse, "probable futur président de l'Europe". Il est alors incroyable de voir que la logique du processus de la construction européenne puisse s’envisager par la création d'une Europe politique alors même que l'Europe économique n’était portée sur les fonts baptismaux par le Traité de Rome qu’en 1957. L'autre aspect intéressant du film de Renoir repose aussi sur le fait que ce "futur" président n'est pas un homme politique mais un scientifique parlant de problèmes scientifiques liés à la reproduction du vivant pour expliquer ce que l'Europe pourrait apporter comme solution. Ainsi, dès le début du film, tout le rapport de l'Europe aux citoyens qui la composent est présenté: projet en lien avec l’agriculture, seul domaine ayant finalement depuis une politique européenne commune avant l'Euro. Mais cela se fait dans des termes incompréhensibles et techniques qu'aucun spectateur ne peut comprendre, avec, pour couronner le tout, la conclusion du discours du "professeur futur président" que le journaliste estime très claire. Belle prémonition d'une élite qui comprend une Europe que les peuples ne comprennent pas !
En 1961, Audiard dialogue la construction de l'Europe dans le film d'Henri Verneuil Le Président avec dans le rôle-titre Jean Gabin. Dans un monologue extraordinaire, le dit président (du Conseil c'est-à-dire chef du gouvernement sous les Républiques précédant la Vème),  après s'être fait retoquer son projet d'union douanière en Europe met en accusation le contre-projet qu'il qualifie de projet des trusts "qui veulent s'étendre partout, sauf en Europe". Il reproche à ce projet d'être celui des banques et de ne pas s'occuper des Européens. Ce discours présente donc aussi et déjà les volontés d'impérialisme économique des Etats européens sous influence des lobbies industriels désireux de s'implanter dans les pays producteurs de matières premières. La délocalisation et ses dérives sont donc déjà envisagées alors même que l'idée de mondialisation telle que définie depuis la chute du bloc soviétique n’est évidemment pas à l'ordre du jour en 1961.
Le cinéma européen est cela-dit essentiellement un cinéma qui parle de France et d'Allemagne et plus largement du monde germanique. Ainsi, pour reprendre le film de Renoir, c'est bien avec une "germanique" que le futur président de l’Europe est fiancé. Et ces fiançailles à l’écran accompagnent celles entre la France de De Gaulle et l’Allemagne d’Adenauer. Elles se poursuivent au cinéma, dans celui notamment d'Audiard, que ce soit avec Denys de la Patellière pour Un taxi pour Tobrouk (1961) ou avec Gilles Grangier pour Le cave se rebiffe (1961). Ces films mettent souvent en scène la nouvelle entente franco- allemande. Pour le film Un taxi pour Tobrouk, il est tout à fait remarquable de voir comment le personnage interprété par Hardy Kruger, officier allemand fait prisonnier par des soldats français, dont un juif interprété par Charles Aznavour, se retrouve à devenir un compagnon de route dans ce road movie des sables. Pour la première fois peut-être, un soldat allemand n'est pas montré comme un sale nazi. Mieux, Audiard montrait ce que Français et Allemands partagent. Ils participent aux mêmes événements sportifs, le personnage de Ventura étant boxeur avant la guerre et empêché de boxer un Allemand pour cause de déclaration de guerre! De même, Kruger et Ventura ont fait la bataille de Narvik, l'un rapportant la Croix de guerre… l'autre des engelures ! Par des dialogues savoureux, le soldat interprété par Maurice Biraud rappelle à l'officier allemand que depuis Napoléon, les Français ne supportent pas que quiconque n'envahisse la Pologne à leur place. Déjà un projet européen !
Dans Le cave se rebiffe, Bernard Blier évoque d’abord l’industrie dans toute l’Europe avec par exemple des productions de « chaussures italiennes à Grenoble » puis des clients prestigieux de sa maison close: « des Hanovre, des Hollen Zollern, rien que des biffetons garantis Croisade ». Outre les origines allemandes des nobles cités, c'est bien encore la culture commune, celle des croisades chrétiennes, entre Français et Allemands qui est présentée ici. Ce rapprochement franco-allemand se fait également par des coproductions de films dans lesquels le passé "nazi" de l'Allemagne semble devenu un objet d'humour plutôt étonnant, comme par exemple dans le film de Georges Lautner Les tontons flingueurs en 1963
Mais le "cinéma à papa" n'est pas le seul à témoigner de ce rapprochement. François Truffaut adapte Jules et Jim à l'écran en 1962, racontant l'histoire d'un Français (Jim) et d'un Allemand (Jules) amis et amoureux d'une même femme. Outre ce ménage à trois sulfureux, c'est bien encore leur culture commune qui est mise en avant, notamment lors d'un visionnage de diapositives d'objets archéologiques européens.

L'Europe, terre d’espérance ? Le scepticisme des cinéastes

Pourtant, il n’est rien de dire que l’idée même de l’Europe ne soulève pas l’enthousiasme populaire. Ne serait-elle qu'une construction pour les entreprises et les Etats? Dans Rue des prairies de Denys de la Patellière en 1959, le fils de Jean Gabin se demande bien l'intérêt de connaître les volumes des différentes productions économiques en Europe. Elle apparaît donc comme inintéressante pour les citoyens et la jeunesse car elle ne fait manifestement pas rêver! Trente ans plus tard, Eric Rochant fait d’ailleurs dire au personnage principal de son film Un monde sans pitié :
« Si au moins, on pouvait en vouloir à quelqu'un. Si même, on pouvait croire qu'on sert à quelque chose, qu'on va quelque part. Mais qu'est-ce qu'on nous a laissés ? Les lendemains qui chantent ? Le grand marché européen ? On n’a que dalle. On n'a plus qu'à être amoureux, comme des cons et ça, c'est pire que tout ».
Cette mise en comparaison du modèle communiste, autre proposition d’unité européenne mais à l’agonie avec le projet européen clairement libéral montre à quel point ce projet se déconnecte de plus en plus de la population, en tout cas française. Les illusions d’après-guerre, avec lesquelles se trouve la construction européenne ne conduisent finalement pas au bonheur espéré.
Pourtant, il y a des volontés de montrer que l’Europe peut être une chance et une force. En 1992, un projet cinématographique a pour ambition à la fois de célébrer la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb par la réalisation de 1492 de Ridley Scott. Film européen par le casting comme par la production, 1492, date clé dans l’Histoire mondiale, fait écho à l’année 1992, année de l’acte de naissance du projet d’Union Européenne, prémices des possibles futurs États-Unis d’Europe. Ce rêve européen est d’autant plus légitime en 1992 qu’il propose un modèle vers lequel s’est finalement tourné toute la partie Est du continent.
Ouvertement libéral et pacifique, ce projet européen est clairement séducteur pour ceux ne le vivant pas. Et Good bye, Lenin ! de Wolfgang Becker témoigne formidablement de cette aspiration à la démocratie de l’Europe occidentale et à ces libertés nouvelles. Mais le film montre aussi combien les Allemands de l’Est deviennent immédiatement un nouveau marché et une proie pour les entreprises capitalistes, avec toutes les désillusions que cela entraînent pour ces populations.
Pourtant, l'Europe devient un sujet central d'un projet cinématographique dans L'auberge espagnole de Cédric Klapisch en 2002. Raillant l'aspect technocratique et économique de l'Union européenne, le cinéaste fustige la complexité administrative, et donc répulsive, pour qu’un étudiant puisse participer au dispositif Erasmus permettant de suivre un cursus universitaire en Europe. En rappelant qu’Erasmus vient de l'Humaniste ayant vécu au XVIème siècle ayant voyagé dans toute l'Europe, Klapisch inscrit encore une fois l’identité culturelle et donc civilisationnelle des Européens. Mais contrairement aux films d'Audiard vantant cette culture commune, le personnage semble justement ignorer l'existence de ce personnage, héraut de l'Europe s'il en est! Ceci montre donc bien un effacement d'une culture à dimension clairement  européenne chez les Européens! En revanche, une fois arrivé à Barcelone, le héros parvient à se loger dans un appartement dans lequel vivent des étudiants de toutes nationalités: espagnols, italien, irlandaise, allemand, danois... Or, bien qu'en Espagne catalane, tous parlent en anglais, langue européenne non officielle mais de fait commune à tous. L’acceptation du Français dans l’appartement passe par la négociation et par le pragmatisme pour aboutir à une décision unanime des déjà locataires. Le cinéaste sous-entend finalement que cette volonté de vivre ensemble n’aboutit que si on se connaît, que si on partage des choses ensembles. Pas si on les impose.
Ainsi, moins que protéger, le cinéma relaie surtout l’image d’une Europe technocratique, impuissante à faire face aux lois du marché capitaliste et libéral. Dans It’s a free world, Ken Loach dénonce en 2007 un marché du travail ne servant que les intérêts des capitalistes et des patrons, y compris les plus petits, exploitant les travailleurs européens, ici ukrainiens, donc hors Union Européenne, sacrifiant leur vie, et leurs économies, pour des salaires misérables.
À ce libéralisme échevelé que dénonce Ken Loach ne répond même plus une protection des Européens par les Etats construisant cette Europe. Dans No man’s Land en 2001, Denis Tanovic rappelle que le sort de la Yougoslavie est réglé par l’ONU et les USA, la présence européenne étant davantage symbolique, par la venue notamment du président de la République française François Mitterrand, ou en tant que Casque bleu, donc sans autorité européenne. Si l'Europe capitaliste et libérale ne fait plus rêver ses propres habitants, elle n’arrive également plus à représenter une solution alternative qu’elle se proposait d’être pour ses voisins européens : une solution généreuse pour vivre dans la prospérité et dans la paix entre les peuples.

Conclusion
Le cinéma français, mais il en est de même pour les autres cinémas européens, montre donc très peu d'enthousiasme quant à la représentation de la construction européenne. En revanche, il montre que les Européens, et particulièrement les Français et les Allemands, ont une culture et une histoire communes. Moins que des films montrant l'Europe, c'est davantage des collaborations d'acteurs et d'actrices européens dans des projets européens qui montrent l'Europe à l'écran, que ce soit dans l’entre-deux guerres ou depuis les années 1960. Luc Besson a appelé sa société de production EuropaCorp et a distribué en 2010 un film s'appelant La révélation évoquant les procès des crimes perpétrés en Yougoslavie dans les années 1990 faisant intervenir le Tribunal Pénal International de La Haye. Les Européens s'intéressent de plus en plus aux pays d'Europe qui avaient justement été hors du processus de construction européenne, c'est-à-dire les pays du bloc communiste comme ce fut le cas pour Good bye, Lenin ! Cette volonté de raconter le passé de la part des cinéastes de l'Europe de l'Est semble aujourd'hui satisfaire les spectateurs européens dans leur envie d'Europe au sens large, comme autrefois les Français ont vu leur rapprochement avec les Allemands consacré à l'écran. Mais cela montre surtout que pour l'instant, l'Europe n'est qu'une somme de nations qui vivent côte à côte, avec des références communes, mais pas encore ensemble. Si le modèle de L'auberge espagnole où tout le monde conserve sa langue mais échange avec les autres par l'anglais est un fait qui est encore loin de pouvoir être institutionnellement appliqué tant la désignation d’une langue commune reste certainement un des derniers remparts à la construction européenne, plus fort que la monnaie commune et unique qui elle a pu se décréter par les Etats membres.
Or, et la langue en est une des caractéristiques, il s’avère que ce sont bien les différences culturelles et historiques entre les peuples qui resurgissent pour remettre en cause le projet d’une Europe pacifiée. Dans la séquence introductive de Joyeux Noël, Christian Carion montre le point de vue des Européens avant la Première guerre mondiale, imposant à leur jeunesse une propagande nationaliste prononcée dans chacune des langues du continent. Mais son film s’adresse aux spectateurs du XXIème siècle, rappelant de fait le danger de ces revendications nationales aboutissent au repli sur son identité et dans ses frontières. Et on sait le tribut que les Européens ont payé il y a un siècle après avoir adopté ce comportement. Au regard des situations dans certaines régions d’Europe, le message du cinéaste est plus que jamais d’actualité montrant que les tentations nationalistes sont une menace évidente pour la pérennité du projet européen devant conduire à la paix et à la prospérité des peuples.

À très bientôt
Lionel Lacour

mercredi 21 février 2018

Remake "Sortie d'usine" 2018

Bonjour à tous

c'est devenu désormais une tradition. Tous les ans, chaque 19 mars, l'Institut Lumière propose à tous les Lyonnais ou visiteurs du berceau de cinéma de rejouer le 1er film de l'histoire du cinéma Sortie d'usine réalisé par Louis et Auguste Lumière le 19 mars 1895.

Cet événement festif et gratuit est l'occasion de (re)découvrir le Hangar qui servit de décor pour ce film historique et qui accueille aujourd'hui une des plus belles salles de cinéma de Lyon.

Pour participer à ce film, vous pouvez venir seul ou seule ou en groupe. Profitez de cette occasion unique pour être identifié par un costume ou par des accessoires originaux. 
Redoublez d'imagination pour vous distinguer dans un film d'une minute à peine. Il suffit de choisir sa session de tournage parmi les 14 proposées: 

Horaires de tournage : 10h / 10h30 / 11h / 11h30 / 12h30 / 13h / 14h / 14h30 / 15h / 15h30 / 16h / 18h / 18h30 / 19h


Pour participer au tournage du remake de Sortie d'usine, les inscriptions se font ici : http://www.institut-lumiere.org/actualités/nouvelles-sorties-d-usine-2018.html

Après, il suffira de vous rendre le Lundi 19 mars à l'Institut Lumière au 25 rue du Premier-Film, Lyon 8ème.

Et si vous ne l'avez pas encore fait, faites une escale pour visiter de l'autre côté du jardin Lumière le Musée Lumière. Vous y retrouverez le "vrai" Premier film et bien d'autres encore.

À bientôt
Lionel Lacour

lundi 19 février 2018

Séminaire "Le management par le cinéma"

Bonjour à tous

Cinésium propose un séminaire organisé à l'Institut Lumière, dans le berceau du cinéma, avec une approche décalée pour permettre aux managers et dirigeants d’entreprises d’optimiser leur pratique managériale et leur communication en se servant du cinéma sous toutes ses formes.  Parce que le cinéma est un art universel, compris et vécu par tous, il permet de créer du lien dans les équipes, de révéler les talents de chacun et peut être réinvesti à chaque nouveau film, à chaque nouvelle projection.

Ce séminaire est ouvert à différentes entreprises. Attention, pour de meilleurs échanges avec les participants, et pour profiter d'un déjeuner dans le somptueux jardin d'hiver de la Villa Lumière, le nombre de place est limité.

Téléchargement du dossier complet de présentation et de la fiche d'inscription des participants:

À très bientôt
Lionel Lacour

mercredi 10 janvier 2018

Hommage à Danielle Darrieux à l'Institut Lumière

Bonjour à tous

Danièle Darrieux a eu cette mauvaise idée de nous quitter en plein festival Lumière en 2017 l'année de ses 100 ans. Du 9 janvier au 4 mars 2018, l'Institut Lumière a donc décidé de lui rendre un hommage à la hauteur de son talent et de son importance pour le cinéma français.

Actrice précoce, elle tourne à 14 ans pour le cinéaste autrichien Wilhelm Thiele dans Le bal. En 1935 elle épouse le réalisateur français Henri Decoin pour lequel elle tournera 5 films avant de divorcer d'avec lui en 1941, puis 4 autres films après leur séparation!
Actrice sachant interpréter les personnages ingénus ou fragiles, subtile et gaie, Danielle Darrieux fait partie de ces comédiennes ayant tourné avec les réalisateurs les plus talentueux, français, allemands ou américains comme Max Ophüls, Julien Duvivier, Claude Autant-Lara, Joseph Mankiewicz, Robert Rossen et tant d'autres encore comme François Ozon, et ce jusque en 2010 pour Pièce montée de Denys Granier-Deferre.

Cette rétrospective en 12 films et deux soirées spéciales est dédiée à Raymond Chirat, historien et fondateur de l'Institut Lumière et qui consacra tant de projection des films en 16 mm dans lesquels avait tourné Danielle Darrieux.

DEUX SOIRÉES SPÉCIALES


Mardi 13 février 2018
19h: Conférence de Clara Laurent, auteure de Danielle Darrieux, une femme moderne.
22h45: Projection de La vérité sur Bébé Donge d'Henri Decoin (1952) 

Première fois du duo Danielle Darrieux - Jean Gabin (qu'elle retrouve la même année dans Le plaisir de Max Ophüls).

Autres séances:  Sa 27/01 à 16h30 - Je 1er/03 à 19h - Di 4/03 à 16h30


Jeudi 22 février 2018
19h: Projection de La ronde de Max Ophüls (1950) 

Copie restaurée 35 mm, présentée par Martin Barnier, historien du cinéma à l'Université Lumière - Lyon 2.
À l'issue de la projection, Martin Barnier signera son livre Une brève histoire du cinéma coécrit avec Laurent Jullier en 2017. 

Autres séances: Di 18/02 à 16h15 - Ma 20/02 à 19h -  Di 25/02 à 14h30


SUITE DU PROGRAMME
RARETÉS


Le Bal  de Wilhelm Thiele (1931, 1h15, N&B) 


Copie restaurée du premier film de Danielle Darrieux.


Me 17/01 à 19h - Sa 20/01 à 16h30




Volga en flammes de Victor Tourjansky (1933, 1h18, N&B) 


Première vraie collaboration avec Albert Préjean. Ils tourneront ensemble 10 films (même si Danielle Darrieux n'est pas toujours créditée au générique).

Ve 12/01 à 19h

Mauvaise graine de Billy Wilder (1934, 1h26, N&B)
Premier film de Billy Wilder en tant que cinéaste dans lequel on trouve déjà le style et le rythme qui fera sa patte.
Je 25/01 à 19h - Sa 10/02 à 16h30 - Ve 16/02 à 19h

HENRI DECOIN

Battement de coeur d'Henri Decoin (1939, 1h37, N&B)
Raymond Chirat : « Le scénario a de la vivacité, de l’élégance, du charme, de la fantaisie. Il fait la part belle à une collection d’artistes, Tissier, Carette, Saturnin Fabre qui renvoient la balle à Danielle Darrieux, radieuse. »
Me 10/01 à 19h - Sa 13/01 à 16h30 - Di 14/01 à 14h30 – Ma 27/02 à 21h

L’Affaire des poisons d'Henri Decoin (1955, 1h43, coul)
Dernière collaboration Decoin - Darrieux dans cette adaptation du célèbre fait divers sous le règne de Louis XIV.
Ma 27/02 à 19h - Di 4/03 à 14h30


MAX OPHÜLS
Le Plaisir de Max Ophuls (1952, 1h33, N&B)
Deuxième film avec ce cinéaste après La ronde en 1950 dans un film à la distribution prestigieuse adapté de Guy de Maupassant.
Je 18/01 à 19h - Di 21/01 à 16h30 - Ma 23/01 à 21h - Di 4/03 à 14h30

Madame de... de Max Ophuls (1953, 1h40, N&B)
Troisième et dernière collaboration entre le réalisateur et Danielle Darrieux avec Vittorio de Sica et Charles BOyer.
Ma 9/01 à 19h Soirée d’ouverture Danielle Darrieux présentée par Fabrice Calzettoni  
Di 14/01 à 16h30 Di 28/01 à 14h30 - Je 8/02 à 19h

RÉALISATEURS FRANÇAIS
Une chambre en ville  de Jacques Demy (1982, 1h28, coul)
Retour au film musical pour un des derniers films de Jacques Demy.
Me 21/02 à 21h - Ve 23/02 à 19h

Quelques jours avec moi de Claude Sautet (1988, 2h11, coul) 
Danielle Darrieux est la mère de Daniel Auteuil qui continue à explorer ses talents d'acteur dramatique depuis Jean de Florette.
Me 14/02 à 21h - Sa 17/02 à 18h15

À très bientôt
Lionel Lacour