mercredi 7 mars 2018

"La Belle et la Belle": le bonheur se vit à deux mais seuls

Bonjour à tous

Mercredi 14 mars sortira La Belle et la Belle, le nouveau film de Sophie Fillières, une fable contemporaine, avec une pointe d'ésotérisme portée par Sandrine Kiberlain et Agathe Bonitzer.
Pour résumer le début, sans trop dévoiler les éléments de l'intrigue, Deux femmes, de plus de 20 ans d'écart, se rencontrent par hasard à Paris et découvrent qu'elles s'appellent toutes les deux Margaux et qu'elles ont une amie commune s'appelant Esther. De là à penser que la plus jeune reproduit la vie de la plus âgée, il n'y a qu'un pas que comprend immédiatement Margaux - Kiberlain.


Bande Annonce La Belle et la Belle 
(coproduction Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma)


Sur ce point de départ, Sophie Fillières transfère ses héroïnes à Lyon et l'enjeu du film n'est pas de vérifier si ce que prétend la plus âgée est vrai - elle donne suffisamment d'exemples à son double et aux spectateurs pour enlever tout doute à ce sujet - mais de savoir ce que Margaux - Kiberlain va faire de cette situation. Doit-elle empêcher Margaux - Bonitzer à faire les mêmes erreurs qu'elle? Doit-elle l'accompagner dans sa quête d'elle-même ou dans ses amours?

Fillières laisse penser même que ce que nous avons vu pourrait être une hallucination de Margaux - Bonitzer, que l'autre Margaux n'existe pas. Mais le personnage de Marc (Melvil Poupaud) contredit cette piste, puisqu'il connaît et l'une puis l'autre. Ne sachant donc pas vraiment vers quoi nous amène la fable, on doit alors s'accrocher aux quelques aspérités des personnages. Margaux - Bonitzer est une fille qui couche mais ne fait pas l'amour, elle ne sait pas ce qu'elle veut, se permet de manquer de respect à sa patronne et de voler. Elle a arrêté ses études. Margaux - Kiberlain a des amis de faculté qu'elle ne fréquente plus depuis des années, est professeur d'Histoire-Géographie (mais ne travaille jamais, n'a pas de cours ni de copies). Marc est un avocat qui s'est grillé dans le métier en couchant avec une jurée et il est amoureux de Margaux - Kiberlain avec qui il a eu une liaison.

Sophie Fillières nous présente donc plutôt des "losers" mais qui ne semblent avoir aucun problème d'argent et qui ne sont impactés par rien de la société. Quant aux relations entre les protagonistes, elles sont improbables d'acceptation des situations incongrues et disons même quasi échangistes. Et que dire de celles des protagonistes avec les autres, les ex ou les amis voire les ex-amis? Tout n'est que superficialité. Même avec les parents! Aucun personnage secondaire n'a véritablement d'épaisseur, tous sont purement fonctionnels.

Non, Sophie Fillières ne s'intéresse qu'à Marc et aux deux Margaux, centrés sur eux et uniquement sur eux. Qu'à cette intrigante confusion de destins sans que jamais ne soit donnée la clé de cette confusion. Ce qui ne pose pas un problème en soi, les fables portant toujours en elles un aspect fantastique.
C'est donc bien la vision de la société dans le film qui interroge. Une société finalement assez égoïste, avec des individus sans réelle relation avec les autres et dans laquelle chacun d'entre eux serait en quelque sorte guidé par une force qui le conduit inexorablement vers un avenir tout tracé. Margaux - Kiberlain serait dans ce schéma la matérialisation de cette force pour son alter ego. Et quand s'ouvre la porte au libre arbitre permettant à la plus jeune de s'émanciper du destin de son aînée, c'est finalement encore celle-ci qui va la guider dans cette prise de liberté.

Enfin, comme toute fable ou conte, le film se termine par une morale. Son dispositif filmique est extrêmement classique. Des destins se séparent sur le quai d'une gare. D'autres se concrétisent sur le même quai. Quant au message, il n'est pas celui des contes "ils se marièrent eu eurent beaucoup d'enfants". Mais il est assez ressemblant. Modernisé de par les atermoiements des personnages sur plusieurs années, le message renvoie malgré tout à l'idée plutôt conservatrice que le bonheur ne se conçoit qu'en couple, autour de l'idée de la fidélité comme ciment. Une vision conservatrice du bonheur mais étriquée dans une société sans autre sociabilité. Un bonheur contemporain dont Sophie Fillières ne semble pas s'alarmer. On peut aussi trouver ça désespérant.

À bientôt
Lionel Lacour


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