lundi 22 août 2016

"Mon nom est personne", l'anti "Il était une fois dans l'Ouest"?

Bonjour à tous

ce soir, France 3 diffusera pour la nième fois le film de Tonino Valerii Mon nom est personne. Tous ceux qui ont déjà vu ce film l'associent pourtant à un film de Sergio Leone. Et pour cause. L'idée est bien celle du réalisateur de la trilogie dite du dollar ou de Il était une fois dans l'Ouest. La confusion est également esthétique: mêmes décors andalous, même compositeur (encore une partition magique d'Ennio Morricone) et même esthétique, associant gros plans extrêmes et lenteur des situations.
Tout ressemble donc à un film de Leone, y compris la présence d'Henry Fonda dans le rôle de Jack Beauregard, qui joua le personnage de Frank toujours dans Il était une fois dans l'Ouest.
Pourtant, et tous ceux qui ont déjà vu ce film en conviennent, tout semble opposer ces deux films. Il y a dans Mon nom est personne une note particulièrement comique, voire burlesque que les films de Sergio Leone n'avaient pas, même si ses films n'étaient pas dénués d'humour. Mais il était souvent cynique. Le comique de Mon nom est personne est au contraire souvent direct, situationnel, provoqué par des gags digne de la comedia dell Arte. Quant au personnage interprété par Fonda, il est particulièrement antipathique dans Il était une fois dans l'Ouest alors qu'il fait figure d'un sage dans Mon nom est personne. Alors? Il était une fois dans l'Ouest et Mon nom est personne sont-ils vraiment des œuvres opposées comme il pourrait sembler à première vue?

Bande annonce:



1. De l'apogée du Western italien à son enterrement
Jean-François Giré, dans son documentaire Django, Trinita, Sartana et les autres réalisé en 2014, montre combien le film Il était une fois dans l'Ouest marque un sommet de ce qui fut appelé Western Spaghetti par les détracteurs du genre. Tous les codes fixés par Leone dans ses œuvres précédentes se retrouvent dans ce film qui est une sorte de synthèse du genre tout en se tournant vers le western classique américain. Or, après 1969, le genre spaghetti va dégénérer notamment avec deux films: On l'appelle Trinita en 1970 et On continue à l'appeler Trinita en 1971, mettant en vedette deux héros bagarreurs, incultes et truands, interprétés par Terence Hill et Bud Spencer. Parodies des westerns italiens, ils furent les plus grands succès du genre, obtenant bien plus d'entrées que Il était une fois dans l'Ouest, au désarroi de Sergio Leone. Mon nom est personne fut donc une réponse à ce genre burlesque, ayant surtout pour but de clore justement ce genre.
Le choix fut donc fait d'écrire une histoire opposant les deux faces du western italien, avec Henry Fonda pour le côté "sérieux" de Leone, et Terence Hill pour l'aspect bouffon. La confrontation entre les deux devait solder définitivement le genre en mettant fin à sa dégénérescence. Le film fut un immense succès, accueillant plus de spectateurs en salles que ne l'avaient faits les autres films de Leone!

2. Deux films autour d'une même opposition
Si on s'intéresse aux personnages des deux films, l'histoire oppose en réalité seulement deux personnages principaux: celui joué par Fonda, Frank ou Jack, et l'inconnu. Celui-ci est interprété par Charles Bronson dans Il était une fois dans l'Ouest, par Terence Hill pour Mon nom est personne.
Frank comme Jack sont tous les deux très bien habillés, semblent sereins et sont des tueurs mais également des êtres sans grands scrupules. Frank est prêt à s'enrichir en écrasant les plus faible ou en laissant mourir un infirme. Jack vient récupérer de l'or appartenant à son frère auprès de ceux qui l'ont pourtant tués.
Très tôt dans chacun des films, Frank et Jack rencontrent un homme au nom inconnu. Ils sont habillés tous les deux de la même manière, en sous-vêtement et pantalon. Ils sont tous les deux de fins tireurs malgré un accoutrement laissant plutôt penser qu'ils sont des vagabonds. Sous bien des aspects, ils défendent les plus faibles. Bronson défend une veuve contre des tueurs. Hill s'en prend à un raciste proposant aux Blancs de jeter des tartes sur la tête d'homme noirs.

Cette rencontre entre le tueur et l'inconnu s'accompagne de séquences quasi identiques. Bronson comme Hill font la litanie des différents exploits meurtriers de Frank et de Jack, entraînant leur incrédulité respective sur ces connaissances si précises. De même, alors que l'un et l'autre sont attaqués dans la rue principale d'une ville, c'est leur "inconnu" respectif qui va leur permettre de s'en sortir, entraînant l'incompréhension de Frank comme de Jack de cette aide inattendue. Et dans les deux cas, l'inconnu précise qu'il veut que ce soit lui qui tue en duel celui qu'il vient d'aider.

Enfin, après moult oppositions, le tueur et l'inconnu se trouvent enfin face à face dans un duel devant amener à la mort d'un des protagonistes.

3. Divergences dans la ressemblance
Passés ces points communs, Mon nom est personne renverse régulièrement les situations de Il était une fois dans l'Ouest pour en changer le sens. Par exemple, si Bronson signale à Frank qu'il veut le tuer, Hill veut faire de Jack un héros national. Quand Bronson cite les morts de Frank, c'est pour en dénoncer le caractère meurtrier et mauvais. Quand Hill fait la même chose pour Jack, c'est pour en vanter le caractère courageux et super-héros.
On voit donc que les deux films semblent prendre une trame identique quant à l'opposition entre deux personnages mais que le rapport entre eux diverge. Bronson hait Frank et rêve de vengeance. Hill admire Jack et veut transmettre son nom à la postérité.
Ces divergences passent parfois par des dialogues renversés. Quand Frank se présente à Bronson à la fin du film, il prétend qu'il n'est qu'un homme et Bronson lui dit que les hommes, les vrais, sont rares. Dans Mon nom est personne, c'est Hill qui fait de Jack un homme et c'est Jack qui lui dit qu'il n'a jamais rencontré un homme, un vrai.
Dans les deux films, un homme d'affaires est en relation avec le tueur, Frank ou Jack. L'ambition de Frank est de le tuer pour s'enrichir en Amérique. Pour Jack, l'homme d'affaires est celui qui peut lui permettre de récupérer de l'or et s'enrichir. Mais c'est cet homme d'affaires qui veut éliminer Jack.
Mais la plus grande différence est géographique. Le film de Leone parle de la conquête de l'Ouest avec la construction du train qui allait permettre de désenclaver définitivement l'Ouest américain en rejoignant les deux rives océaniques par la voie ferrée. L'histoire avance, symboliquement de l'Est vers l'Ouest. Dans Mon nom est personne, le rêve de Jack est de prendre le bateau pour rejoindre l'Europe. Le sens du récit va donc de l'Ouest vers l'Est, parce que le pays est définitivement conquis et parce que le personnage de Jack et la violence qui l'accompagne n'ont plus leur place.

4. Violences et incompréhension
Les deux films sont marqués par la violence par armes à feu. Les morts sont nombreux. Même le film le plus comique commence par une séquence aboutissant à un échange de coups de feu aboutissant à la mort de plusieurs hommes.
Si Il était une fois dans l'Ouest est marqué par une violence plus crue, plus cynique, sans second Mon nom est personne ne masquent pas la réalité de la violence du pays. Si Hill fanfaronne souvent, il n'en est pas moins vrai qu'il frappe des individus. C'est drôle mais il frappe. Mais c'est surtout l'existence de "la horde sauvage" qui renvoie à la violence. Cette horde sauvage renvoie au western violent du film de Sam Peckinpah datant de 1969, même année que Il était une fois dans l'Ouest et qui lui aussi démythifiait la conquête de l'Ouest. Cet hommage à ce réalisateur est rajouté en citant même son nom parmi les tombes du cimetière où est enterré le frère de Jack, Nevada.
degré, certaines séquences de
La violence de Il était une fois dans l'Ouest est une démythification de la conquête de l'Ouest menée par des hommes violents et cupides, capables de crimes abjects, comme celui du frère de Bronson, dans une séquence devenue célèbre, et à l'origine de ce fameux air à l'harmonica que Bronson joue si souvent dans le film. Plus atténuée de par l'humour qui irrigue le film, la violence de Mon nom est personne n'en est pas moins présente et aboutit à deux séquences de clôture du film: celle dans laquelle Jack tue plusieurs dizaines d'hommes puis celle du duel final. Cela paraît léger, normal. La réalité est bien autre. Il s'agit d'actes d'une violence inouïe avec approbation de la société par sa mise en scène, comme le prouve la réaction du photographe voulant immortaliser le duel entre Jack et Hill, et qui replace l'un des duelliste pour qu'il puisse être dans le champ de son appareil.

Comme le dit le scénariste du film dans le documentaire de Jean-François Giré, cette violence aseptisée fut une des incompréhensions majeure du film qui fut souvent interprété comme une comédie, parce qu'il y avait Terence Hill, parce qu'il y avait des gags, quand elle devait être comprise comme la comédie du mythe américain. Comme Peckinpah dans La horde sauvage, le film de Valerii montrait combien la société américaine s'était bâtie sur la violence, les meurtres, la cupidité mais surtout comment des tueurs étaient devenus des héros dont le nom se trouvent désormais dans des livres d'Histoire, tout comme Hill voulut faire avec Jack. Jack n'est rien d'autre que Frank avec un point de vue classique: héroïsation du tueur. Mais une héroïsation moqueuse. De ce point de vue, le film a réussi plus qu'il ne l'imaginait. De nombreux spectateurs ont vu en Jack ce héros, parce qu'il luttait contre la horde sauvage, parce que soudain, il était devenu sage, parce qu'il retournait en Europe, continent civilisé. Mais la morale du film est celle qui présente la société américaine comme une société individualiste et inégalitaire: "Quand tu es dans la merde, ferme ta gueule".

Mon nom est personne est donc un film à voir et revoir, parce qu'il est d'abord un bon film, mais parce qu'il n'est pas seulement une comédie!

À bientôt
Lionel Lacour.

mercredi 6 juillet 2016

Lumière 2016: La nuit "Bande de potes" du 15 octobre

Bonjour à tous

Comme chaque année maintenant, le festival Lumière propose une nuit thématique avec la projection de films cultes, récents ou plus anciens, à la Halle Tony Garnier.
Après avoir tremblé l'an dernier, dansé avec les Beatles, futurisé avec la nuit science fiction, le thème de cette année tourne autour de l'amitié entre "potes". 
La sélection était évidemment difficile tant le cinéma a utilisé ce thème, avec plus ou moins de qualité d'ailleurs, mais étrangement, avec très souvent un succès à la clé.

Le plus intrigant dans ce genre de films reste tout de même l'idée de la comédie qui en découle. Il est assez rare de ne pas y trouver des séquences follement hilarantes, même si des ressors dramatiques sont également présents évidemment. Pour cette sélection, et pour (presque) conclure le festival Lumière 2016, ce sont donc des comédies qui ont été sélectionnées avec une large domination du cinéma français.

Ainsi, hormis le désormais cultissime Very bad trip de Todd Philips en 2009 avec notamment Bradley Cooper, ce sont Les Bronzés font du ski (Patrice Leconte, 1979), L'Aventure c'est l'aventure (Claude Lelouch, 1972) et Mes meilleurs Copains (Jean-Marie Poiré, 1989) qui constitueront le reste de la programmation, avec des répliques connues par tous les fans, mais également par ceux qui parfois n'ont (comment est-ce possible d'ailleurs?) jamais vu les films!

Bandes annonces

L'aventure, c'est l'aventure

Les Bronzés font du ski
















Mes meilleurs copains (extrait!)
















Very bad trip

















Du "c'est goûtu, ça a du retour" à "y'a pas mort d'hommes" en passant par la démarche à la Aldo, ces films français jouent sur les registres des dialogues percutants, sur les situations comiques et sur la mauvaise foi absolue de chacun des personnages.

Pour retrouver ces 4 comédies cultes sur l'amitié  dans une soirée exceptionnelle, de 21h à l'aube le samedi 15 octobre à la Halle Tony Garnier de Lyon puis profiter du petit-déjeuner offert dans une super ambiance, réservez d'ores et déjà vos places sur:

RAPPEL: pour ceux qui fatigueraient pendant la nuit, possibilité de s'assoupir quelques instants dans un espace réservé derrière l'écran!)

À bientôt
Lionel Lacour

mercredi 29 juin 2016

Les supporters Irlandais pour réapprendre la propagande!

Bonjour à tous

L'Euro de football est entré dans la phase à élimination directe et l'équipe de France a affronté l'équipe d'Irlande. Après une qualification obtenue dans la souffrance dimanche 26 juin 2016, les supporters irlandais ont encore une fois fait le spectacle et l'admiration de tous, malgré la défaite de leur équipe. Il faut alors revenir sur les images qui ont été relayées sur tous les médias français et internationaux, sur les télévisions ou par les réseaux sociaux. Et la conclusion qui est tirée de ces images est simple: "Les Irlandais sont des gens extraordinaires"!



Il faut tout d'abord reprendre les événements qui se passent depuis avant le 10 juin 2016, premier jour de l'Euro. Et ce n'était pas glorieux. Il y avait les images des casseurs des manifestations, ceux qui attaquaient un policier à coups de barres après avoir incendié la voiture des gardiens de la paix. Mais il y a eu aussi ces vidéos d'émeutes urbaines entre supporters russes et anglais à Marseille, ou d'autres fanatiques à Nice ou ailleurs.



Bref, les images qui couvraient tous les médias laissaient penser que cet Euro allait se passer de la pire des manières, mettant en défaut la France et son gouvernement, incapable de gérer la sécurité en plein état d'urgence, celui établi après les attentats perpétrés par les sbires de Daesh en novembre 2013. Et aux aussi avaient amené à la production de vidéos déversées sans contrôle sur les réseaux sociaux, répandant la terreur et l'effroi auprès des Français mais également de tous les Occidentaux.


Et puis arrive ce miracle absolu. Des supporters irlandais sont filmés en train de faire la fête, manifestement loin de la sobriété exigée par les autorités publiques, mais montrant un plaisir pour l'amusement bon enfant qui fait évidemment plaisir à voir. À partir de ce moment là, les médias se mettent à chercher d'autres images positives de ces Irlandais, devenus les meilleurs supporters du monde, habillés et/ou maquillés en vert, chantant des chansons dans tous les registres, hurlant, beuglant toute gorge déployée mais sans violence physique contre quiconque, entraînant même les plus réticents dans leurs farandoles ou chorégraphies les plus rudimentaires, y compris des CRS médusés.

Cette déferlante verte a un intérêt évident pour les forces publiques et le gouvernement. Elle vient étouffer les images négatives jusqu'alors proposées sur les réseaux sociaux. Mais cela va plus loin encore. L'image positive de ces Irlandais, à l'heure d'internet et des réseaux sociaux leur revient forcément aux oreilles et aux yeux. Et voici que ces supporters redoublent d'imagination pour être sympas. Ils boivent et répandent leurs canettes de bière partout? Les voici filmés en train de ramasser leurs déchets pour rendre leur lieu de beuverie le plus propre possible. Ils vocifèrent dans un métro lyonnais, et hop, un smartphone vient témoigner de leur capacité à s'adapter en chantant soudain une berceuse quand ils voient qu'un nourrisson est dans le métro. Ils stationnent indûment dans une rue et la police leur demande de partir, et c'est une chanson entonnée à la gloire de ces policiers: stend up for the French police! reprennent-ils en cœur pendant plusieurs minutes.

Les vidéos positives créent donc une sorte de course auprès de ces supporters pour prouver qu'ils peuvent être chaque fois plus sympa que ce qu'on peut imaginer. Et l'effet est immédiat. Le vert des maillots se transforme en gage de rencontre agréable, amicale et festive. Ils sont patriotes mais admettent que leur équipe est nulle! Ils ne représentent donc pas un danger, même pour les supporters des équipes adverses qui peuvent alors faire la fête avec eux. Et certains deviennent même des convertis, cherchant à montrer que eux aussi peuvent être aussi sympas que cette Green army! Un cercle vertueux est donc enclenché entraînant tous ceux venus encourager leur équipe dans un élan positif et pas vindicatif.

Ce cercle vertueux d'images positives devrait former un modèle pour combattre celles négatives produites par Daesh. Parce que les Irlandais représentent le meilleur de ce qu'un événement produit, ils ont contribué à effacer les images de ces ultras nationalistes russes venus non pour le football mais pour en découdre avec les supporters des autres équipes voire avec la police. Si ces vidéos ne sont pas oubliées, elles ne sont plus vues comme étant des images liées au football. Être supporter, c'est vivre le soutien d'une équipe comme le font les Irlandais.

Ceci peut sembler éloigné, mais la réponse à cette propagande islamiste par les pays occidentaux victime des attentats doit relever de la même logique: montrer ce qui représente le plus positif de notre civilisation, des libertés qui sont possibles, des plaisirs qui sont partagés entre les hommes et les femmes pour effacer des représentations à la fois violentes mais aussi attractives car sidérantes. Le cercle vertueux qu'ont créé les Irlandais peut être reproduit pour d'autres domaines, à une autre échelle. Bien sûr, il ne s'agit pas de dire qu'il n'y aura plus de criminalité ou de problèmes dans nos quartiers et nos pays. Mais comme le hooliganisme est une marge du football, les violences, exactions et autres déviances possibles de nos sociétés ne constituent pas le cœur de notre modèle. C'est aux pouvoirs publiques et aux médias d'investir les réseaux sociaux en proposant des images positives. C'est à dire réinventer la propagande qui a été laissée aux seuls terroristes sur le canal que leurs potentielles recrues utilisent: internet et les réseaux sociaux.

Les Irlandais ont réussi à convertir des gens hostiles au football, non en les transformant en supporters, mais en élargissant leur seuil de tolérance par les images positives qu'ils véhiculent et qu'ils se plaisent à voir véhiculer. À nous de rendre les images de Daesh, aussi sidérantes soient-elles, comme pouvaient l'être celles des Russes à Marseille, comme des images de la marge face à ce que nos sociétés ont de meilleur. Montrons notre tolérance sans faille, acceptant les différentes cultures à partir du moment où ces cultures n'empêchent justement pas la tolérance. Au lieu de se complaire à montrer celles des fanfaronnades criminelles des jihadistes, si les médias, à la télévision, radio, presse écrite ou internet, relayaient des images positives de notre société comme ils ont relayé celles des Irlandais, nul doute que l'effet, à court, moyen et long terme, serait positif.

Les Irlandais nous auront rappelé une chose: la propagande est l'art de la répétition d'un message simple par tous les canaux possibles avec pour conséquence une adhésion progressive et massive à ce message par les personnes ciblées.

À très bientôt
Lionel Lacour



mercredi 22 juin 2016

"Coup de tête" pour célébrer l'Euro!

Bonjour à tous

comme chaque année, l'Institut Lumière propose aux Lyonnais et à tous les autres des projections gratuites et en plein air tous les jeudis de l'été sur la place Ambroise Courtois. Et quoi de mieux pour ouvrir cette programmation, en plein Euro de football, que Coup de tête, le film de Jean-Jacques Annaud ayant pour toile de fond le football avec Patrick Dewaere comme champion improbable d'une équipe d'une petite bourgade de province.

Le film qui propulsa véritablement le réalisateur au sommet du cinéma français n'est pas à proprement parlé un film sur le football mais il utilise cet univers comme trame de fond. Loin du football-business d'aujourd'hui, Coup de tête aborde cependant déjà le rôle social et sociétal du sport le plus populaire du monde.



Prophétique, Annaud centre son film autour d'une affaire de mœurs impliquant un des joueurs du club. Loin des "sextapes" au cœur de scandales péri-sportifs qui émaillent régulièrement l'actualité des footballeurs d'aujourd'hui, dont un a touché l'équipe de France avec les conséquences que l'on sait, le fait divers qui frappe François Perrin - footballeur amateur du club de Trincamp interprété par Patrick Dewaere - montre à quel point la carrière d'un joueur, plus qu'un autre, est soumise à des éléments extérieurs, soit pour couvrir ses actes répréhensibles, soit au contraire pour le dévaluer et donc l'éliminer.

Annaud montre ainsi combien l'unité d'une communauté peut se faire et se défaire autour du succès ou de la défaite de son équipe de football, impliquant toute la notabilité, des élus aux commerçants en passant par l'industriel sponsor du club. Car si l'échelle n'est évidemment pas la même avec les milliards générés par le football professionnel du XXIème siècle, Annaud permet de comprendre que les primes, en cash, données par le patron du sponsor du club de Trincamp, ne sont pas distribuées par pure philanthropie. Il en attend des retombées économiques bien supérieures aux sommes d'argent données aux joueurs, pourtant amateur. Mais derrière les montants qui leurs sont promis, c'est aussi

Ce lien social né autour de victoires d'un club dans une compétition phare génère aussi  des héros qui deviennent intouchables quand ils étaient jusqu'alors des pestiférés de la communauté. Le footballeur qui permet à son équipe, par son talent ou le hasard, de créer l'exploit, devient, de manière illusoire, le maître de la ville à qui rien n'est refusé. Il attire aussi l'attention des médias tant sur lui que sur le club, la ville et donc les sponsors. Mais le héros du jour peut être aussitôt oublié. Et surtout, le cinéaste n'oublie jamais de rappeler ce que représente un joueur dans cet éco-système. Un personnage finalement faible, monnayable et que l'on peut même humilier, comme le montre cette séquence dans laquelle Sivardière, président du club et patron du sponsor, incarné par Jean Bouise, donne des moitiés de billets à ses joueurs en "préprime" pour gagner le match.


La force de Coup de tête est donc de plonger le spectateur, à une échelle pourtant modeste, dans ce que représente le football, même amateur. Un sport certes, mais aussi un outil de communication formidable pour des entreprises partenaires qui financent des clubs et rémunèrent les joueurs au-delà du raisonnable.

Coup de tête, Jean-Jacques Annaud, 1979
Copie restaurée
jeudi 23 juin 2016, 22h00, place Ambroise Courtois, Lyon 8ème
(métro ligne D - station Monplaisir Lumière)

Le reste de la programmation de l'été sur www.institut-lumiere.org

À bientôt
Lionel Lacour