mardi 25 novembre 2014

Festival "À nous de voir" en danger: le cinéma au cœur du débat citoyen

Bonjour à tous,

Une fois n'est pas coutume, j'évoquerai un festival autant pour sa programmation que pour le combat que mènent ceux sans qui peu de festivals n'existeraient.
Aujourd'hui, mardi 25 novembre 2014, se tenait une conférence de presse peu ordinaire. En effet, et alors que le festival "À nous de voir - Cinéma et Sciences" d'Oullins a débuté sa 28ème édition depuis le 20 novembre (et ce jusqu'au 30 novembre prochain), les "faiseurs" du festival ont mobilisé la presse et tous ceux pouvant être concernés par leur événement pour présenter la situation dans laquelle ce dernier ce trouvait.
Au cœur du problème, un blocage de la part de la direction de la MJC d'Oullins, organisatrice officielle du festival qui semblerait refuser que celui-ci ne se développe en permettant une autonomisation de cet événement, conduisant à ce que la MJC ne soit plus qu'un partenaire et non l'organisateur en plein.

Mickael Théodore, bénévole du festival et fondateur de l'association YAKA, est revenu longuement sur l'origine de ce blocage et sur les souhaits des nombreux autres bénévoles de s'approprier à la fois un lieu, le théâtre de la Renaissance mais surtout une idée. Celle que le cinéma participe à l'éducation populaire, offre un lieu d'échanges, de débats publics, ici autour des enjeux de la science, de toutes les sciences. Avec de nombreux scientifiques, venus de tous les domaines, comme Spyros Franguiadakis chercheur à Lyon 2 dans le domaine des sciences humaines, le festival s'est doté depuis près de 30 ans d'un espace de parole de plus en plus apprécié, dépassant les simples limites de la ville d'Oullins. Mickael Théodore s'est plu à rappeler l'augmentation de la fréquentation de 50% sur les trois dernières éditions, preuve s'il en était et de la qualité de la programmation mais aussi de l'adhésion, pour ne pas dire du besoin des citoyen de s'ouvrir aux questions scientifiques qui bouleversent leur quotidien, et pas seulement dans les seules considérations techniques.

S'il n'y eut pas de débat contradictoire lors de cette conférence de presse, puisque les représentants de la MJC ont décliné l'invitation qui leur était faite, un point fondamental ressort de ce moment. La présence importante de bénévoles, d'acteurs de la vie culturelle oullinoise mais d'ailleurs également, de la presse, montre combien la diversité culturelle repose de moins en moins sur des décisions verticales mais aussi et surtout sur l'engagement citoyen et passionné. Les grands festivals nécessitent une organisation extrêmement structurée et financièrement puissante car leur rayonnement dépasse les limites de la ville ou de l'agglomération. Et pourtant, même eux nécessitent des bénévoles. En revanche, les festivals plus modestes, modestes dans l'ambition initiale du moins, ne vivent que grâce à la mobilisation de ceux qui ne voient comme intérêt que l'expression de la culture dans leur territoire.

L'expérience du festival "À nous de voir" est une illustration par les actes de ce qui fut en son temps appelé "démocratie participative" dont on comprenait assez vite que la participation ressemblait surtout à un leurre. Dans le cas de ce festival, ce sont bien les citoyens qui se sont appropriés l'événement, l'ont fait croître. La MJC fut une couveuse formidable et permit il y a longtemps que cet événement naisse et se développe. La mise à disposition de personnels salariés pour encadrer l'enthousiasme des bénévoles était une aide considérable. Mais désormais, le festival "À nous de voir" propose une programmation de plus en plus dense, de plus en plus variée, de plus en plus importante (voir le programme sur le site À nous de voir, nécessitant certainement un déploiement nouveau, avec de nouvelles structures, de nouveaux partenaires.

De fait, cette conférence de presse a mis en lumière une réalité nouvelle sur la transmission de la culture en France. L'invention des MJC au lendemain de la guerre répondait à une demande d'accès et de de diffusion de la culture dans tout le territoire français. Les résultats furent considérables et ces MJC se sont multipliées sur le territoire national, devenant de véritables pépinières de talents, avec les effets de modes inhérents parfois à cette effervescence qu'apportait ce dynamisme culturel. Mais les décennies passant, l'accès à la culture ou d'expression culturelle ont emprunté d'autres voies, d'autres formes. La télévision et plus tard internet ont relégué "la culture MJC" à une culture parfois folklorique, parfois conservatrice. Et la jeunesse du "J" se faisant de plus en plus absente, ces lieux sont devenus des lieux de pouvoir, certes modeste, mais réel. Et en tout cas suranné.
Ce que les MJC ont permis, elles ne le permettent plus. Ou tout du moins, pas dans un fonctionnement archaïque. Pourtant, l'ambition originelle des MJC était la responsabilisation et l'autonomisation des citoyens. Les bénévoles et salariés du festival "À nous de voir" n'attendent que ça. Ils sont prêts. Prêts à remercier la MJC d'avoir permis que ce festival existe mais aussi à la remercier de les soutenir à se développer dans une structure autonome.

Ainsi, le combat pour un cinéma multiple ne passe pas que par l'amont de la production ou par la distribution. Il passe aussi par la nécessité que les spectateurs qui désirent un autre usage du cinéma puissent s'organiser pour proposer des moments de débat. Si Lyon est devenue la capitale pour la sauvegarde du cinéma classique (ou de patrimoine) avec le festival Lumière, et plus récemment capitale de la préservation du patrimoine des salles de cinéma historiques, l'exemple du festival d'Oullins montre qu'il faut également préserver les spectateurs qui s'engagent pour organiser des événements touchant d'autres publics encore, croyant également que le cinéma n'est pas 24 fois la vérité par seconde comme le disait Godard mais une vérité à décrypter avec des experts, des spécialistes pour un public avide de comprendre ce que le cinéma se propose de lui montrer.

Que le cinéma fasse encore vibrer la société, qu'il conserve ses fonctions de divertissement des masses mais aussi de générateur de débats citoyens, c'est tout ce que revendiquent les "faiseurs" de "À nous de voir". Et ils le font bien. Parce que le cinéma reste peut-être le dernier lieu où les citoyens de toutes conditions peuvent encore se rencontrer et discuter de ce que devient la société après le visionnage d'un film, interprétation sensible du monde par un réalisateur.
Espérons que leurs efforts leur permettront de trouver une solution qui permettra de pérenniser le festival, de le développer, avec le soutien bienveillant d'une MJC qui doit permettre l'émancipation des projets citoyens.

À bientôt
Lionel Lacour

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