mardi 17 janvier 2012

Le cinéma: un support de formation inépuisable

Bonjour à tous,

Une fois n'est pas coutume, j'évoquerai dans ce post une de mes activités professionnelles liée au cinéma, à savoir la formation de managers ou de commerciaux par le cinéma.
Comme vous l'avez constaté, le cinéma est souvent utilisé par les médias, les journalistes, les hommes politiques pour illustrer leurs propos ou conforter des idées. Ainsi, le film Indigènes fut l'occasion de se souvenir que l'armée française qui libéra le territoire national fut en partie composée de soldats d'Afrique du Nord dont le souvenir aurait été effacé de notre mémoire et donc de l'Histoire. Ce point de vue répandu, comme celui du non enseignement de la guerre d'Algérie, du 8 mai 1945 et Sétif ou d'autres faits historiques troubles de l'Histoire de France est pourtant à remettre en cause. En effet, si ces périodes et leurs zones grises sont éventuellement partiellement effacées des mémoires, elles ne le sont pas de l'Histoire. Il suffit de se rendre dans les librairies comme la Fnac ou dans les bibliothèques municipales ou universitaires pour saisir la somme de littérature qui concerne ces dites périodes.
Ce que l'Histoire relate n'est pour autant pas forcément accessible aux citoyens. Soit qu'il n'y a pas accès, soit qu'ilq ne veulent pas y accéder. Dès lors le cinéma semble apparaître comme celui qui raconte ce que l'Histoire aurait refoulé, et du fait qui libère les non-dits. Ceci est faux. Le cinéma et sa production ne sont que la résultante d'une somme de possibles, parmi lesquels on trouve justement le temps pour une population d'accepter de voir son Histoire en face. Dès lors, quand un film évoque le rôle joué par les Africains dans la libération de la France, c'est parce que la population française est désormais prête à le voir et donc à le savoir. Dans le cas d'Indigènes, c'est aussi l'émergence d'une génération d'acteurs d'origine maghrébine dont certains sont des stars ou reconnues comme Jamel Debbouze comme des acteurs pouvant jouer d'autres rôle que justement le Maghrébin de service comme Roschdy Zem, vedettes de cinéma inexistantes il y a encore 15 ans.

Cette longue introduction a pour objectif de mettre en lumière un fait. Le cinéma n'est que le reflet des possibles. Et ce qui est vrai pour l'Histoire est vrai de fait pour toutes les situations dans lesquelles nous nous retrouvons au quotidien, à commencer par nos rapports aux autres: au sexe opposé, au supérieur hiérarchique ou au subordonné, au politique ou au citoyen, à l'adulte ou à l'enfant. Dans le cadre professionnel, le cinéma est un condensé de représentations scénarisées de situations vécues. Mieux, l'écriture d'un film s'apparentet parfois à des trajectoires humaines que le spectateur identifie facilement. Le cinéma peut devenir alors une clé de compréhension des relations professionnelles.

Une image de Metropolis de Fritz Lang
La plongée écrase ceux qui ne sont pas "en haut"
et qui sont perdus "en bas", invisibles dans la ville
1. Le langage cinématographique: un prisme pour mieux comprendre le réel
Ce que ceux qui aiment le ciné savent, c'est qu'il existerait un langage cinématographique.
Celui-ci n'est pas articulé et généralement pas appris formellement dans les écoles. Comme nous apprenons notre langue maternelle, nos sociétés ont appris à lire le langage cinématographique de manière intuitive. Un peu comme un enfant utiliserait le subjonctif sans même connaître l'idée même du mode de conjugaison.
Ainsi, du champ/contre-champ à la plongée/contre-plongée, rien n'échappe au spectateur qui comprend bien que l'image qui lui est présentée n'est pas celle que nous avons naturellement. Nous avons en effet rarement une vision en champ / contre champ!
A chaque élément de langage cinématographique correspond soit un positionnement de caméra (plongée par exemple), un cadrage (ce qui est dans le champ: un gros plan par exemple), un mouvement de caméra (comme ce mouvement rectiligne désigné par le mot travelling) mais aussi un effet obtenu après le tournage. Le plus simple des effets est le montage qui consiste à faire se succéder deux plans, c'est-à-dire deux unités de tournage, soit de manière sèche soit avec des effets, le plus célèbre étant peut-être le fameux fondu...
Ce langage cinématographique ne sert pas qu'à expliquer au moment de tournage ce que le réalisateur veut faire. Il a surtout un sens pour l'histoire et il donne du sens pour le spectateur. La contre-plongée grandit le personnage tandis que la plongée écrase. Le spectateur le comprend sans qu'on ait besoin de lui expliquer. Pourtant, cet effet ne va pas de soi pour un spectateur si on lui demande spontanément ce qui lui a suggéré l'idée de l'écrasement d'un individu. Comme l'enfant utilise le subjonctif sans s'en rendre compte, le spectateur intègre sans les identifier les différents procédés cinématographiques. Dans les deux cas, pour l'enfant comme pour le spectateur, ce qui compte est le sens qui est donné au récit.
Or la compréhension fine du récit devient intéressante justement quand on est capable d'extraire la forme utilisée de la seule approche narrative. La richesse de cette forme fait entre autre la qualité de l'oeuvre ou sa richesse. Mais pour le cinéma, le langage cinématographique va plus loin. En effet, ce qui explique cette compréhension quasi instantanée du langage cinématographique, c'est qu'il se construit sur des situations qui existent réellement dans la vraie vie. Ainsi, nous avons tous eu ce sentiment d'écrasement quand nous sommes confrontés à une personne beaucoup plus grande que nous. Et inversement. Adapté à différentes situations, on comprend donc mieux pourquoi le fauteuil du dirigeant d'entreprise permet à celui-ci d'être assis plus haut que ses subordonnés. Ce simple exemple que tout le monde comprend n'est qu'un des nombreux autres qui, s'appuyant sur des situations de langages cinématographiques, permet de mieux comprendre certaines situations sociales.

2. Le scénario d'un film ou comment comprendre une situation donnée
Le cinéma ne se résume pour autant pas seulement à un seul langage comme le langage écrit ne fait pas à lui seul la littérature. Le cinéma se construit autour d'un récit qui, s'il peut s'ordonner de manière variée, n'en suit pas moins pour la plupart des films une trame commune. Ainsi, les scénaristes évoquent trois actes qui constituent leur scénario.
Le premier correspond à l'exposition de la situation. Ainsi le contexte de l'histoire est posé en plaçant le lieu et l'époque du récit du film. De même les principaux personnages et leurs caractéristiques sont présentés à cette occasion. Enfin, à l'issue de cette partie du scénario, un objectif est confié aux personnages principaux: cet objectif peut être amoureux, ou politique ou policier ou recouvrir toute autre forme. C'est la quête de cet objectif qui constitue le deuxième acte. Le  ou les héros rencontreront à cette occasion des personnages nouveaux, des obstacles et l'objectif sera atteint... ou pas. A ce moment, le deuxième acte sera clos. Le dernier acte sera alors l'épilogue qui donnera aux personnages l'occasion de faire le point sur l'histoire qu'ils auront vécu et aux spectateurs de se faire une idée sur le sens du film. Ce que certains scénaristes appellent "théorie" et d'autres "morale" du film.
Cette présentation très expéditive de la construction d'un scénario a surtout un intérêt majeur en terme de formation. En effet, sans évoquer le moindre film, le déroulé du scénario tel que je viens de l'écrire peut correspondre à bien des situations professionnelles. Que ce soit la prise en main d'une équipe par un manager, la gestion d'un projet dans une entreprise ou la création d'une société. Dans tous les cas, il faut dans un premier temps présenter la situation (exposition), puis agir après la définition de l'objectif (deuxième acte - développement) et enfin faire le bilan après la réussite ou l'échec de l'objectif fixé (épilogue). Là encore, si le cinéma est un art populaire et quel que soit le sujet abordé, c'est qu'il permet, par la forme de son récit, de nous repérer facilement en transposant les situations portées à l'écran avec celles vécues dans la vraie vie. Ce schéma narratif classique nous met en situation de comprendre les enjeux du héros et donc de réfléchir avec lui.

Et si nous étions dans la voiture?
3.Comprendre le mécanisme d'identification projection: une clé pour le management
C'est parce que le cinéma, plus encore que toute autre forme narrative, nous permet de réfléchir avec le héros qu'il est une source et un support de formation. Source dans le sens où il donne des exemples de situations infinies et parfois invraisemblables. Pour la première fois de cet article, j'évoquerai un film. Dans Jurassic Park, il est évident que l'histoire n'est vraisemblable que parce qu'il y a eu une exposition de la situation s'appuyant sur une réalité scientifique connue, l'existence de l'ADN, une méconnaissance globale et générale des spectateurs de la période préhistorique et enfin le goût de plus un plus fort pour découvrir ce que l'homme ignore encore (que ce soit la vie extra-terrestre, l'au-delà et le voyage dans le temps). L'objectif du film n'est pas de réussir la création d'animaux à partir d'ADN, ceci est un fait donné d'emblée. Il est de survivre à une situation dont le contrôle a été perdu face à un danger, des monstres préhistoriques, dont la puissance et la dangerosité ont mal été évaluées. Or cette situation est bien celle qui crée un lien avec le spectateur. Comment se sortir d'une telle situation peut être transposée soit dans la vie domestique mais encore plus dans la vie professionnelle.
Le spectateur devient donc, comme le disait Edgar Morin dans Le cinéma ou l'homme imaginaire (1956) acteur du film en participant affectivement à ce qui se passe à l'écran. Et de réagir en fonction des personnages présentés. Ceux avec qui il peut avoir de l'empathie et ceux dont le sort importe finalement peu voire dont on espère qu'ils disparaissent de l'histoire. Cela entraîne donc une identification au personnage, identification à la fois éphémère, le temps du film, mais aussi psychologique, morale et relationnelle.
Le film propose des situations de bien et de mal. transposé dans une formation professionnelle, cette classification des valeurs du bien ou du mal permettent justement de voir que ces valeurs peuvent être définies selon des critères communs par tous mais que les contours peuvent être plus nuancés. Comme au cinéma. Pour reprendre Jurassic Park, il est évident que le professeur n'a pas voulu faire le mal. Pourtant, en ne prenant pas tout en compte dans son projet, il a généré une situation le mettant en défaut.
Dès lors, les diverses projections-identifications que les spectateurs pourront se faire aboutiront à des jugements différents autour d'une même morale du film. Ce sont ces appréciations à la fois communes et divergentes des différents spectateurs qui permettent par la suite de mieux saisir les différences individuelles face à des situations données et donc de pouvoir mieux appréhender la gestion d'un groupe ayant une morale commune mais des appréhensions diverses de cette morale.

Conclusion
Le cinéma est donc une source de divertissement populaire dont les chiffres pour l'année 2011, en France tout du moins, montrent l'incroyable attrait. Mais, comme je viens de vous le montrer, il est vrai très succinctement, le cinéma est aussi un matériau de formation inépuisable car il n'est pas de thème que le 7ème art n'ait pas abordé.
Le cinéma permet donc des formations dans tous les domaines qui impliquent les relations humaines, celles qui fixent des objectifs tout en prenant en compte l'autre. C'est vrai pour les managers mais cela l'est aussi pour les commerciaux dont l'objectif est facile à imaginer et qui sont confrontés sans cesse à des situations différentes et à des clients différents.
L'intérêt de la formation par le cinéma est évident car au-delà de ce qui a été dit, il est une approche originale de la formation dans laquelle tout le monde peut se retrouver. A partir d'exercices ludiques qui permettront de découvrir comment mieux appréhender cet art de masse populaire, les personnes en formation pourront dans le même temps à la fois mettre en avant leur propre expérience grâce aux situations analogues que propose le cinéma, trouver des solutions, seuls ou avec l'aide des autres.
Mais surtout, et l'intérêt du cinéma prend ici toute sa dimension, la formation se réactivera à chaque fois que les personnes verront un film. En déclenchant chez elles des mises en situations mais cette fois, de manière consciente, c'est toute la formation qui est alors automatiquement réinvestie.

Si une telle expérience vous intéressait, n'hésitez pas à me contacter.

A bientôt

Lionel Lacour

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