lundi 15 août 2011

Captain America: encore un super héros américain

Bonjour à tous,

En cet été de sortie de blockbusters, je voulais faire un petit point rapide sur la sortie de la prochaine adaptation cinématographique de Captain America: first avenger. Elle semble être la continuité des adaptations des différents super héros de bandes dessinées qui reviennent régulièrement à l'écran aux USA. Comment peut-on expliquer ce retour régulier de ces adaptations à l'écran?

1. Une spécificité américaine

les USA ont ceci de particulier, c'est notamment de se représenter sous des formes allégoriques de super héros dont chacun représente en quelques sorte une des spécificités du pays. Superman, héros surpuissant venant d'une autre planète est le garant des libertés et de la paix contre les ennemis étrangers. Spiderman représente l'Américain banal qui se trouve doté non de pouvoirs au sens propre du terme mais de capacités extra-humaines et qu'il met au service de la justice. Batman est une sorte de héros rooseveltien puisqu'il ne dispose d'aucun super pouvoir mais il met sa fortune au service de la société contre toute forme de dictature et pour le bien de sa cité. Le président démocrate était lui-même un grand bourgeois qui avait rejoint le camp démocrate justement pour défendre la populations contre la crise et ses effets. Batman, né en 1939, ne pouvait être vu que comme un héros démocrate.
Tous les films ou séries qui ont adapté ces héros au cinéma ont en règle générale repris ces caractéristiques principales mais au fil du temps, ils ont cherché à humaniser davantage ces personnages, entrant dans leur psychologie alors même qu'ils n'avaient été créés que pour représenter les USA dans l'image de ce que son peuple se représentait de lui-même.
Né en 1932, Superman apparaît pour la première fois dans un Comics en 1938
avec son slip rouge, comme dans la version de gauche de 1940, disparu dans la version de 2011.
Les explications sur l'origine des pouvoirs de Spiderman ou sur la genèse de Superman étaient apportées a minima puisque ce qui comptait était bien leur mission. On retrouve ainsi derrière une origine quasiment messianique de ces super-héros: ils ont une mission et les USA sont le nouveau Jérusalem!
Mais comme dans la Bible, les super héros ne sont pas toujours appréciés et sont souvent jugés hâtivement dans leurs actions. S'ils ne sauvent pas à temps, ils sont critiqués puisqu'ayant failli à leur mission. Ils trahissent les Américains qui avaient vus en eux leur sauveur. Cette récurrence des désamours entre les populations et les super-héros montrent aussi une des caractéristiques des USA. Ils sont attendus - du moins le pensent-ils - comme des sauveurs mais s'ils échouent, ils sont aussitôt critiqués, calomniés voire reniés. Ce que les spectateurs américains ressentent en voyant chaque épisode de toutes les adaptations filmiques, c'est-à-dire que le héros est injustement méprisé, correspond aussi à ce qu'ils pensent d'eux-même et de leur pays. Les USA sont les super-héros de la planète et les autres les aiment quand ils réussissent leur mission qu'ils se sont parfois auto-attribués!

2. Une comparaison européenne nécessaire
A la différence des USA, il n'y a pas de super-héros français, allemand, italien ou espagnol. Rien que des héros bien charnels, que ce soit Jean Valjean, Sherlock Holmes, Don Quichotte etc. Cette différence s'explique parce que l'Europe, si elle constitue une civilisation, ne constitue en aucun cas une Nation. Ainsi, quand la culture du héros américain a besoin d'un héros, il doit chercher un personnage transcendant des valeurs d'une Nation constituée de différentes communautés. Il ne peut être catholique au risque de s'opposer aux Protestants du pays. Il doit défendre des causes transversales et pas des particularismes. En revanche, la culture européenne offre des héros bien ancrés dans leur culture: le flegme britannique, la capacité de révolte du Français. C'est ensuite que s'opère une possible universalisation des héros et des situations. Il est tout à fait remarquable de voir comment a été adapté le roman de Hugo Les misérables et comment il a été reçu dans les pays anglo-saxons, et particulièrement aux USA! A partir d'une histoire justement tellement contextualisée dans le XIXème siècle bouillonnant français, le discours historique est devenu une simple toile de fond pour transmettre un message universel. Quant à Sherlock Holmes, le personnage so british de Sir Conan Doyle a été adapté maintes et maintes fois à l'écran, se transformant progressivement en un vrai héros digne des Marvels, les dernières versions portées à l'écran le prouvant. Il a même inspiré une des séries les plus remarquables de ce XXIème siècle: Docteur House.

Quant aux héros de la mythologie scandinave et germanique, ils ont bien sûr influencé la culture européenne, mais d'abord comme élément d'identification et d'unification de nations comme celle allemande. Wagner et sa tétralogie n'ont pas incorporé les dieux dans le XIXème siècle.
Ce sont les Américains qui ont utilisé la culture européenne - étant d'origines européennes pour la plupart - pour la transformer parfois en "produits" américains. Thor, le dieu scandinave est devenu un super héros côtoyant certains super-héros comme Iron man ou justement Captain America.






3. Captain America: un héros à part
Né en décembre 1940, ses premières aventures sont publiées en mars 1941 dans Timely Comics, ce personnage n'est pas en soi un super-héros. Steve Rogers, le vrai nom de Captain America, est un Américain typique qui a grandi pendant la grande dépression des années 1930. Quand l'Europe se déchire, il décide de combattre le nazisme. Mais il est chétif. Il accepte alors de tester un sérum qui fera de lui un super-soldat. Son existence provient donc ouvertement d'un engagement pour la défense de valeurs démocratiques et anti-totalitaires. Il est le seul héros qui porte clairement le nom America, même si Superman en portait déjà, les couleurs.
Ainsi, en étant publié en mars 1941, Captain America devient en quelque sorte le premier américain entré ouvertement dans la Seconde Guerre Mondiale. Par ses motivations, il peut être considéré lui aussi comme un héros rooseveltien quand le président qui annonçait la neutralité des USA tout en dénonçant les exactions nazies et en appelant les Américains à choisir leur camp selon leur conscience.
Portant lui aussi les couleurs des USA, Captain America aura une "carrière" mouvementée puisqu'il sera congelé à la fin de la Second Guerre mondiale avant de retrouver la vie dans les années 1960, en plein "dégel" des relations américano-soviétiques.


Affiche de la version 1990


Il sera également adapté plusieurs fois sur le petit comme sur le grand écran. La dernière en date remontait en 1990 et était d'une qualité très médiocre. Elle correspondait de fait à la fin de la guerre froide et l'affirmation de la toute puissance américaine de George Bush face au déclin inexorable de l'URSS. Sorti en décembre 1990 au Royaume Uni, il ne sorti qu'en vidéo aux USA, preuve de la piètre qualité du film, et en 1992 seulement!






Chris Evans, la Torche humaine des Quatre fantastiques
devient Captain America version 2011


Que représente alors cette nouvelle version de Captain America: first avenger?
Ce qui semble évident, c'est bien de voir que, contrairement à la version de 1990, l'histoire se passe au moment ou le héros, Steve Rogers, devient Captain America. Or, en prenant ce point de départ, Captain America est à nouveau présenté comme un Américain décidant finalement de se sacrifier, puisqu'il teste un sérum sans que l'on sache vraiment les conséquences sur le corps humain, mais dans un objectif clair: celui de combattre le totalitarisme et faire valoir les valeurs américaines. Comme il a été dit plus haut, Captain America était un héros rooseveltien, c'est-à-dire démocrate. En reprenant l'histoire à se genèse, les scénaristes et réalisateur (respectivement Christopher Markus et Stephen McFeely pour le scénario, Joe Johnston pour la réalisation) positionne clairement leur personnage dans un retour aux sources, celui de la nécessité de défendre les valeurs américaines faites de liberté et de démocratie. Lu au présent du spectateur de 2011, la transposition entre les motivations de Captain America en 1941 et la situation des USA aujourd'hui est assez facile à voir. Les Américains interviennent en Afghanistan voire en Irak pour défendre les mêmes valeurs qu'en 1941. Un tel film sorti avant 2008 aurait pu être catalogué pro-administration républicaine, celle des Faucons au service de George Bush junior. Sorti en 2011, avec comme sujet l'origine de Captain America, c'est à la fois maintenir la continuité de la politique américaine tout en préférant l'approche démocrate du successeur de George Bush. Barack Obama n'a jamais remis en cause officiellement l'intervention américaine mais a réorienté ses motivations.


Conclusion
Les USA n'en ont donc pas fini de se raconter par des super-héros allégoriques. A chaque période clé, ce sont des cohortes de films revisitant leurs mythes comme autrefois les Grecs anciens se racontaient les aventures et tribulations de leurs dieux de l'Olympe et de leurs héros. Reste à voir, pour cette dernière version de Captain America si la morale du film accompagne bien la nouvelle orientation prise par le président Obama ou si  le film ne fait que, au mieux, raconter à nouveau et à force d'effets spéciaux les origines du héros américain, ou, au pire, si le film reprend ce qui parfois génère l'anti-américanisme, c'est-à-dire en présentant les USA comme impérialistes et supérieurs aux autres. Au regard du sujet et du résumé de présentation, on peut espérer que non.
A vous de juger mercredi 17 août 2011!

A bientôt

Lionel Lacour

mardi 9 août 2011

Emeutes au Royaume Uni août 2011 et Harry Brown


Images de Londres 7 août 2011 - Photo Leon Neal / AFP
Bonjour à tous.

Un petit papier très court pour mettre en relation actualité et cinéma.
En janvier 2011 sortait le film Harry Brown. J'y consacrai un article pour comparer la représentation de la violence urbaine montrée dans ce film avec celle présentée dans les médias et les films français.

Ce qui saute aux yeux est l'extrême violence qui est montrée dans les images télévisées anglaises qui correspond à celle mise en scène par le réalisateur. De même, le déclenchement de l'émeute est dans le film comme à Londres cet été dû à une intervention policière gênant les activités illégales de certains jeunes ou moins jeunes.

La réaction policière dans le film apparaît comme disproportionnée. A y regarder de plus près, l'engagement de David Cameron de passer de 6000 hommes à 16000 dans les zones d'émeute n'est pas une mince réaction!

Contrairement aux émeutes de 2005 ayant eu lieu en France, aucune information ne remonte des médias anglais pour expliquer cette violence comme étant due à des problèmes d'intégrations des populations immigrées ou à des différenciations ethniques que subirait la société anglaise. Dans un pays qui a longtemps vanté une gestion communautariste des différents groupes de sa population, il n'y a rien d'étonnant. En revanche, on peut s'étonner que les journalistes français ne s'interrogent pas davantage sur ce point précis. Pour mémoire, les casseurs cagoulés de 2005 étaient souvent assimilés à des jeunes issus de l'immigration et en échec d'insertion dans la société, pour ne pas dire d'intégration, alors mêmes que ces jeunes cagoulés pouvaient être de la 3ème voire 4ème génération post-immigration.
Est-ce à dire que les cagoules anglaises sont moins une preuve de marginalisation de la patrie britannique que ne pouvaient l'être la cagoule française de la patrie française? On peut aussi y voir un suivisme des sources britanniques sans analyse. On peut encore croire que les journalistes se rendent compte que les analyses de 2005 sont invalidées par les événements de ce mois d'août dans un pays ayant autrement géré ses populations immigrées ou issues de l'immigration.

On peut enfin et surtout se rendre compte que comme dans Harry Brown, l'explication de ces émeutes est avant tout sociale, expliquée par la crise financière et économique, et politique, marquée par l'incapacité des gouvernements en général et de celui britannique en particulier, à gérer socialement la crise.
Dans Harry Brown, le héros, issu du quartier enflammé réglait lui-même les problèmes des caïds, provoquant le mépris de nombreux critiques de cinéma. Or le film ne traduisait qu'une réalité du terrain.

Une banlieue en flamme, des policiers nombreux 
mais impuissants, et un sauveur illusoire devant:
une des affiches de Harry Brown
Quand l'Etat est défaillant, quand la Loi démocratique ne défend plus les plus faibles, l'Ordre ne se rétablit que de l'intérieur. Est-ce Bien? Du point de vue de notre société démocratique, certainement pas. Pour un réalisateur, cela permet une dramaturgie évidente. Et pour les spectateurs, ce personnage devient facilement un "Robin des Bois". A ceci près que, contrairement à ce que les plus farouches critiques dénonçaient du film, le calme obtenu par Harry Brown n'est qu'un calme relatif. Le spectateur sait très bien que rien n'est vraiment réglé, sinon un ordre temporaire, une quiétude momentanée jusqu'à ce que de nouveaux caïds ne prennent le pouvoir.

Harry Brown n'est pas un film prémonitoire. Il ne se nourrit que de ce qui gronde déjà et que les médias ne perçoivent pas. Une tension sous-jacente prête à exploser. Le film localisait son émeute urbaine dans une banlieue populaire. La réalité a dépassé ce cadre, allant d'abord en centre ville de Londres, puis se propageant dans d'autres villes en rien concernées par l'élément déclencheur des violences urbaines.

En ceci, il faudrait toujours voir un film sur l'analyse d'un fait sociétal non comme une prévision à la Cassandre, mais bien comme un symptôme. Et ne pas se contenter d'une analyse morale externe au film sans en comprendre le sens réel. Cela aurait par exemple évité à certains journalistes ou intellectuels de traiter L'inspecteur Harry de film fasciste!

A bientôt

Lionel Lacour