jeudi 5 octobre 2017

Lumière 2017 - "Le Nouveau monde": pour partager le cinéma d'Art et Essai

Bonjour à tous,

Le cinéma désigne à la fois un art mais aussi le lieu où cet art est visible.
Dans Le nouveau monde, Vincent Sorrel s'attache à montrer combien ces deux acceptions se conjuguent en filmant comment l'association qui gérait le cinéma "Le Méliès" à Grenoble a décidé de construire un nouveau lieu, un nouveau "Méliès", et donc une salle qui s'appellerait "Un nouveau monde".
Le documentaire de Vincent Sorrel suit alors les différentes étapes de cette construction de salle coordonnée par ces passionnés de cinéma, soucieux de partager des films d'auteurs et du patrimoine pour un public ne trouvant pas cette offre dans leur agglomération.
Le film évacue rapidement le fait qu'aucune aide des collectivités locales ne leur a été apportée, pour ne pas faire une concurrence aux autres salles. Une motivation qui ne peut que surprendre tant la ligne éditoriale du Méliès puis du Nouveau monde sont aux antipodes des cinémas commerciaux des multiplex.
Mais Vincent Sorrel a préféré l'aventure de cette construction, tant du point de vue architectural que technique, tant du point de vue de la
transformation des manières de travailler que des publics qui viendront dans cette nouvelle salle de 3 écrans au lieu d'un seul.

Le Nouveau monde est un film de cinéma et pour le cinéma. Il s'arrête sur les éléments constitutifs d'une salle de cinéma, le bruit d'un projecteur de pellicules, les poussières dans la lumière projetée, la bobine qui tourne dans un ballet à la fois répétitif mais d'une poésie tout entière. Ses images renvoient donc à l'illusion cinématographique et à l'enchantement des spectateurs, et notamment des plus jeunes, éprouvant des émotions intenses devant des vieux films.
Mais Sorrel n'oublie pas que le cinéma, c'est aussi un lieu dans lequel certains éléments sont constitutifs de la mémoire su spectateur. En dehors des sièges et de l'écran, ce sont aussi les lumières sur les murs, un besoin de confort spécifique pour que le spectateur se sente dans une salle. Et au détour des travaux qui s'achèvent pour cette nouvelle salle, l'installation de la loupiote "SORTIE" participe à cet environnement. Une obligation de sécurité autant qu'une indication que la salle de cinéma est un lieu dans lequel on entre et duquel on sort aussi.
C'est encore le débat sur le passage de la projection en pellicule à la projection en numérique qui est évoqué. Alors que les échanges se déroulent en 2012, ils ont déjà l'air d'une autre époque. Le documentaire de Sorrel est aussi, à son insu peut-être, un témoignage précieux sur la mutation extrêmement rapide de la notion de projection. Le passage de la pellicule au numérique n'est pas seulement qu'une transformation technique. Elle est aussi une mutation pour les techniciens qui peuvent perdre la main sur la projection elle-même. Qui ne sont plus forcément besoin d'être aussi nombreux. Qui perdent cette magie que d'installer la pellicule dans la machine, qui elle-même n'a plus besoin d'être entretenue avec un rapport organique. Ce que montre parfaitement Vincent Sorrel.

Le nouveau monde est donc judicieux à plus d'un titre. La salle de cinéma est en effet passée à un "nouveau monde" auquel tous les protagonistes du cinéma ont dû s'adapter, jusqu'aux exploitants associatifs d'art et essai. Un nouveau monde cependant plein d'espoirs grâce à des passionnés, soucieux de faire passer le cinéma, tous les cinémas, à toutes les générations, y compris aux plus jeunes nourries parfois exclusivement aux blockbusters.

Le nouveau monde de Vincent Sorrel (1h10)
Dimanche 15 octobre 2017 - 11h - Institut Lumière salle 2 - Villa
EN PRÉSENCE DE VINCENT SOREL ET DE NICOLAS PHILIBERT
Réservation 

À très bientôt
Lionel Lacour

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