dimanche 17 mai 2026

"L'ABANDON": chronique nécessaire sur l'assassinat d'un héros ordinaire

Quand Vincent Garenq réalise L’abandon, sait-il déjà que l’œuvre sent le soufre pour certains? Pas pour le sujet mais pour le débat qu’il va susciter. Si bien qu’aujourd’hui, le film est qualifié de courageux quand il ne devrait être que légitime. Il faut dire que L’abandon aborde une page sombre de l’histoire contemporaine du pays, celle de la décapitation d’un enseignant, Samuel Paty, pour avoir osé faire son métier, sans aucun esprit provocateur vis-à-vis de ses élèves de confession musulmane. Il est à ce titre suffisamment rare de voir le cinéma français s’emparer d’un événement majeur sans recourir au travestissement des noms principaux et des situations pour le souligner. Distribué par UGC, L'avandon est orti le 13 mai 2026 dans les salles, en même temps que sa projection au festival de Cannes hors compétition,

Une chronique édifiante

L’abandon ne cherche pas autre chose que de rapporter les faits, rien que les faits. Pas de sensationnalisme. Juste une chronologie établie selon les points de vue des différents protagonistes. Qu’il soit celui de la victime, celui des accusateurs, du terroriste musulman ou encore celui de la principale du collège jusqu’à celui de l’élève responsable de la désignation de l’enseignant à son bourreau. Tout s’enchaîne comme une mécanique dont le spectateur connaît normalement l’issue mais dont il découvre, s’il ne s’était pas intéressé aux détails auparavant, comment Samuel Paty, interprété par Antoine Reinartz, après avoir montré des caricatures de Charlie Hebdo, en phase avec le programme officiel de l'éducation nationale, été pris dans un engrenage dont il s’est avéré impossible de s’extraire. 

Une tragédie comme symbole de la sclérose d’un pays

À partir d’une mise en place de la situation qui peut apparaître comme didactique et assez froide, Vincent Garenq va s’attacher à montrer comment l’accusation calomnieuse du professeur d’histoire-géographie a été gérée par les différentes autorités pouvant le faire. Sans aucun manichéisme, le cinéaste démontre les arcanes incompréhensibles des administrations de l’éducation nationale comme de la police. Entre code de procédure et différents services de l’éducation nationale devant gérer les menaces subies par Samuel Paty, la principale du collège interprétée par Emmanuelle Bercot, semble totalement submergée au point de devoir écrire les acronymes des services à contacter sur des nombreux post-it.

Pour la police et autorité de surveillance, le film devient une sorte de kaléidoscope de services non pas incompétents mais corsetés par leur mission sans jamais pouvoir sortir de celle qui leur a été confiée, ne prenant pas en compte la singularité de la situation du professeur. Sans compter les différentes compétences administratives gérant ces services, par exemple entre police nationale et police municipale.

Vincent Garenq filme ces différents services semblant autonomes sans jamais communiquer entre eux. Pas de têtes, pas de prise de décision unique. La principale se retrouve au point d’intersection de cette dispersion d’autorités prétendues responsables mais incapables en réalité de se coordonner.

Pas un film procès

La force du film réside dans le fait que chaque groupe n’est pas représenté comme unanime. Si des parents musulmans suivent le père de l’élève menteuse accusant Samuel Paty, le cinéaste montre combien d’autres au contraire lui sont opposés, lui signalent que sa fille, Bachira dans le film, ment. Combien ces parents ont même compris la démarche de Samuel Paty, même si elle a pu paraître maladroite.

De même, si le film décrit combien certains enseignants ont non seulement été lâches mais également ont enfoncé Samuel Paty auprès des élèves du collège, Vincent Garenq n’a pas oublié d’évoquer ceux qui l’ont soutenus contre les premiers.  Quant à l’éducation nationale, elle est montrée par la figure du « référent laïcité » de l’académie comme bouffée par le « pasdevaguisme » ordinaire jusqu’à demander au professeur de s’excuser d’une faute qu’il n’a pas commise mais également comme pouvant être compréhensive vis-à-vis de ce que subit Samuel Paty. Mais le DAASEN (Directeur Académique Adjoint de l’Education Nationale), tout soutien qu’il est montré n’a aucune perception de la réalité du terrain.

Des enseignants au contact du réel

Le plus intéressant du film est certainement le biotope dans lequel les personnages évoluent. Derrière le drame, L’abandon est aussi un témoignage rare de ce que vivent les enseignants. D’abord, ils vivent souvent à proximité de leur établissement. Samuel Paty habite à une distance suffisamment proche de son collège pour pouvoir y aller à pied. Cela signifie qu’il croise ses élèves, leurs parents. Il les connaît et réciproquement.

Le réel des enseignants c’est aussi connaître la réalité sociale des élèves scolarisés. À ce titre, l’aveu de l’élève ayant signalé Samuel Paty au terroriste est édifiant. Il a été grisé par l’argent qui lui a été donné pour jouer la balance lui qui n’avait jamais eu plus de 3 euros d’argent de poche.

Ce biotope du quartier, c’est également la présence des différentes communautés ethniques et religieuses face auxquelles les enseignants sont les seules interfaces avec la République. Ce poids des communautés est d’ailleurs difficile à gérer quand un de ses prétendus représentants, celui des imams de France, s’impose pour rencontrer la principale pour imposer ensuite ses valeurs, l’interdiction du blasphème contre son prophète, face à celles de la République, la liberté d’expression et la laïcité.

L’abandon des adultes

À la fin du film, la notion d’abandon est lâchée. Cette notion est à la fois une réalité multiple – abandon de certains enseignants, de certains élèves, de certains parents, de certains de l’éducation nationale, de la police – et une réalité conceptuelle. Ce qui ressort est l’abandon de tous de l’autorité. Que cet abandon ait été volontaire ou par la tornade dans laquelle a été prise certains protagonistes. L’abandon d’être adulte est celui des parents qui abandonnent leur statut en soutenant leurs enfants quoiqu’ils puissent faire. L’abandon d’être adulte en refusant de soutenir leur collègue et être bien vu des élèves. L’abandon d’être adulte pour ceux prétendant avoir des responsabilités mais qui refusent justement de les prendre.  

Au milieu, la principale comme Samuel Paty ont été abandonnés et conduits à être infantilisés. Samuel Paty à qui on demande de s’excuser, à qui un policier lui affirme, lui l’enseignant, qu’une mauvaise formulation sur un procès verbal n’est pas important car ce ne sont que des mots. Samuel Paty encore dont le comportement devient presque enfantin, se couvrant la tête d’une capuche, se faisant ramener comme le fut son enfant au début du film, s’armant d’un marteau au lieu d’une vraie arme. Pour la principale, elle est en recherche d’aide de tout le monde, dépossédée de son autorité par un règlement incompréhensible. Sa prise de notes frénétique pour ne pas se tromper comme une bonne élève rend la séquence pathétique et il nous revient à la mémoire des films de jadis dans lesquels jamais un directeur de collège n’aurait été montré dans une telle situation d’impuissance…


L’abandon
est un film qu’il convient de voir comme un objet majeur de mémoire sur l’attentat terroriste subi par Samuel Paty à l’échelle d’une petite ville de banlieue et un témoignage sur un échec global du pays dans la dilution des responsabilités, des autorités institutionnelles jusqu’aux individus. À ce titre, le film de Vincent Garenq est une claque car derrière le courage de filmer les 11 jours qui ont conduit à la décapitation d'un enseignant, la conséquence de l’abandon de Samuel Paty est ressentie au final comme la conséquence de l’abandon de la société tout entière.

mercredi 15 avril 2026

"Les rayons et Les ombres", retour sur un film qui fait trembler une certaine gauche

Le neuvième long-métrage de Xavier Giannoli est sorti le 18 mars 2026 et il a certainement et définitivement imposé le cinéaste parmi les plus grands du cinéma français. Par sa mise en scène, par son art d’appréhender un récit aussi dense pour un sujet aussi sensible, par sa capacité à gérer des talents aussi divers et leur donner une authenticité et une crédibilité totales, son film nous plonge dans une triple chronologie : celle par qui le récit nous est rapporté, celle du personnage central et enfin, celle du présent du spectateur. Et le plus important, c’est qu’à chaque chronologie correspond un point de vue et un contexte…

Un film « historique » ?

Il est une règle que de qualifier d’historique un film parlant d’une période du passé suffisamment éloignée pour que les décors, les costumes, les technologies nous semblent suffisamment anciens pour les renvoyer à l’histoire. Il en va aussi pour le système politique en place, les institutions, les titres des journaux… De ce point de vue, Les rayons et les ombres est un film historique. Mais l’écueil pour ces films est le regard des historiens qui ne comprennent rien au cinéma ou le regard des idéologues qui comprennent trop bien le cinéma.

Les premiers traquent les erreurs factuelles, la date erronée, le discours tronqué, l’objet anachronique. Comme si les spectateurs allaient au cinéma seulement pour une leçon d’histoire la plus précise qui soit. Hors comment être totalement juste, même en un peu plus de 3 heures, sur un sujet aussi vaste, mêlant autant de concepts et de personnages ? Ces historiens qui repèrent l’erreur se comportent comme des gamins cherchant sans relâche l’œuf les dimanches de Pâques. Cela leur fait plaisir mais cela ne constitue pas l’intérêt principal.

Les seconds se fichent de la véracité historique de chaque séquence mais à la différence des premiers, ils comprennent qu’un film se lit dans sa globalité, dans un message plus large que les seuls détails. Et quand ce message les dérange, alors ils peuvent remercier les premiers de leur donner des arguments pour dénigrer l’ensemble du film grâce à ces petits détails. Les négationnistes ne se comportent pas autrement.

Oui mais voilà, Xavier Giannoli a désamorcé tout cela, et en particulier celui des erreurs de chronologie voire de la réalité des idées antisémites de Jean Luchaire, son personnage principal, ce patron de presse issu de la gauche pacifiste de l’entre-deux-guerres qui est devenu un collaborationniste. En plaçant le récit par le point de vue de sa fille, Corinne Luchaire, il évite le biopic linéaire et pontifiant. Mieux, quand elle enregistre sur bande magnétique ce qu’elle peut raconter de sa vie avec son père, non seulement elle affirme que son témoignage n’est peut-être pas tout à fait fidèle à la réalité des dates, mais elle évoque d’emblée le sort de son père, fusillé après son procès pour collaboration. Giannolli ne placera donc jamais le spectateur dans une posture d’attente d’un happy end pour Luchaire. Il a été fusillé parce que c’était un salaud.

Une gauche pacifiste collaborationniste

Giannoli n’invente rien et les sources comme les travaux d’historiens ont depuis longtemps montré comment les associations pacifistes d’après 1918 ont été parmi celles qui ont participé à la mise en place puis au soutien du régime de Vichy. La boucherie de la Grande Guerre est d’ailleurs montrée par le cinéaste et elle est assurément une des motivations pour aller à l’armistice. Le film représente parfaitement une motivation essentiellement française dans cette réconciliation pour une paix durable avec l’Allemagne, et le rejet des idées folles et antisémites d’Hitler. C'est ainsi que Luchaire était fier d’être associés à la LICA, l’ancêtre de la LICRA.

La force du film est donc de montrer comment, sans manichéisme, Jean Luchaire et son ami allemand, Otto Abetz ont progressivement accepté les renoncements à certaines libertés, puis les politiques stigmatisantes à l’égard des juifs, puis les conséquences de l’armistice, jusqu’à la plus totale collaboration avec les occupants pour Luchaire, ou au nazisme pour Abetz. Tout valait mieux que la guerre.

Une société décadente

Dans son film, Giannoli rappelle qu’un journaliste se comprend par ce qu’il écrit autant que par ce qu’il n’écrit pas. Il en va de même dans son film. En plaçant son récit du point de vue de Corinne, Giannoli ne montre pas le peuple qui souffre, qui attend la libération des prisonniers, qui tremble devant les descentes de la milice ou de la Gestapo mais une contre-société évoluant indécemment dans l’abondance, le caviar, le champagne, les petits-fours, les orgies, les dépravations, la drogue… Le sort des juifs est évoqué entre deux coupes.

Il y a les occupants, privilégiés par nature. Il y a les collaborationnistes qui bénéficient des largesses des nazis. Il y a les profiteurs, qui se prostituent au sens propre ou figuré, pour participer à ces plaisirs. Les restaurants de luxe continuent à travailler. Et il y a les escrocs, ceux qui n’ont aucune idéologie mais qui voient dans l’argent nazi une opportunité à saisir. Tous vivent les mêmes excès et se retrouvent dans les mêmes cercles. En les montrant dans des plans très resserrés, Giannoli ne fait que préparer le spectateur à les retrouver plus tard, dans leur déchéance à Sigmaringen, jouant un autre théâtre d’une France collabo en déchéance.

La décadence est également montrée dans l’immoralité des relations entre les hommes et les femmes. La chaire pourrait être une sorte d’échappatoire pour les individus. D’ailleurs Giannoli évoque le couple libre qu’était Jean et sa femme. Mais la dépravation sexuelle va s’imposer de plus en plus à l’écran, les femmes légèrement vêtues se donnant à qui avaient de l’argent ou du pouvoir, français ou officiers allemands. Partouzes, triolismes, même les relations entre Jean et sa fille laissent un sentiment très dérangeant. Et sa façon de protéger sa fille d’un gangster ressemble davantage à une jalousie d’un amant qu’à un sentiment paternel.

Des idéaux de gauche sans le peuple, mais avec de l’argent

Pourtant il y a des Français ordinaires. Mais Giannoli ne les montrent pas. Luchaire parle du peuple, des Français, des centaines de milliers de lecteurs de son journal Les nouveaux temps. Mais ces Français qu’il imagine n’existent pas. Ni dans les lecteurs, ni à l’image. La seule fois où il en verra dans le film est quand il découvre des Résistants qui impriment clandestinement des tracts. S’il ne les dénonce pas, il n’a pas un mot pour leur combat. Juste une remarque sur le style de leur publication. Pourtant, Jean Luchaire a l’occasion de comprendre ce qui se passe. Il participe à la fuite en zone libres de Français d’origine juive ou en danger. Grâce à ses relations avec Otto désormais ambassadeur du Reich à Paris, il leur trouve des ausweis pour se sauver. Mais comme ses lecteurs ce sont des Français virtuels.

Quant à Corinne, son passé d’actrice vedette l’a placé dans un statut de vedette à exhiber. Elle ne côtoie plus le peuple depuis longtemps et elle ne saisit pas le départ de son cinéaste mentor Leonide Moguy, quittant la France craignant que l’idéologie nazie se propage aussi en France. Rien ne résonne en elle, même quand il l’avertit sur qui est vraiment Otto. La seule fois durant laquelle elle sera en contact avec la réalité de l’antisémitisme, c’est lors de son séjour au sanatorium pour soulager sa tuberculose. Mais comme pour son père, elle les voit dans une situation hors du temps réel, loin des rafles et arrestations. Elle fait une bonne action mais sans prise de conscience de la réalité du pays.

Luchaire dépense son crédit. Qu’il soit financier ou d’influence. Il aime paraître. L’argent est partout à l’écran, dans le luxe, dans la corruption, dans les trafics, dans le coût de la publication d’un journal… partout mais pas dans les poches de Luchaire qui vit en parasite, qui perce les réserves de son journal comme la tuberculose troue ses poumons ou ceux de sa fille.

Mourir pour des idées

Les reproches d’historiens sur la sous-représentation des Résistants voire leur effacement est un sommet de bêtise. S’ils voulaient voir un film sur la Résistance, les cinémathèques en regorgent, particulièrement à l’époque de la vision résistancialiste sous de Gaulle. Gianolli n’avait pas à refaire L’armée des ombres de Melville. Son approche est à la fois cinématographique et citoyenne. Son film se lit à plusieurs entrées, y compris par le réquisitoire final.

Le procureur Lindon rappelle la maladie, la tuberculose, qui frappe Luchaire. Si le spectateur pouvait avoir encore un doute sur la culpabilité du journaliste, Giannoli l’évacue doublement. Luchaire se sachant mourant, comme il le dit dans le film, a choisi de donner sa vie au plaisir, à la débauche et à la collaboration plutôt qu’à la défense de ses idéaux. Certainement sincère au début, il a eu l’occasion de réaliser son fourvoiement. Lindon insiste ensuite sur le choix que Labarrière son ancien collaborateur a fait en rejoignant la Résistance jusqu’à en mourir. Luchaire n’est pas mort pour ses idées et la tuberculose ne l’aura pas sauvé d’une exécution en tant que collaborationniste. Giannoli rappelle ainsi qu’il est mort pour avoir finalement défendu les idées des autres.

L’idée de fidélité aux idées est forte dans le film notamment dans la trajectoire de De Gaulle mentionné plusieurs fois. Indirectement avec Labarrière qui quitte Luchaire et dont on apprend qu’il a rejoint Londres, c’est-à-dire le camp gaulliste. Et directement deux fois. Quand Otto Abetz présente Le fil de l’épée publié par le commandant de Gaulle en 1932 puis quand Jean et Corinne Luchaire sont arrêtés après leur fuite de Sigmaringen. Cet épisode contesté par les historiens est en effet une liberté artistique prise par le cinéaste car ils ont été interceptés par des troupes américaines. Or Giannoli les fait arrêter par des Résistants FTP, donc communistes, se comportant indignement avec eux. Puis un régiment des FFL intervient en condamnant la torture infligé par ces Résistants à Corinne. Sans ostentation, le spectateur peut reconnaître la croix de Lorraine, symbole gaulliste, sur le revers de l’officier qui tance les brutes qui se prétendent Résistants mais se comportent comme les autres.

Un film à lire au présent

Quand Eva, une jeune orthophoniste, aide Corinne après que celle-ci a été agressée par des courageux Résistants d’après-guerre, nous ne percevons pas encore que ce personnage est en réalité notre regard, notre point de vue. Celui qui se prend de pitié pour une jeune maman lâchement agressée et qui l’aide ensuite. Comme Eva, nous sommes finalement horrifiés de ce que ce père et cette fille ont pu se comporter pendant l’occupation. Comme elle, nous comprenons aussi que Corinne a eu son regard biaisé par un père envahissant, protecteur. Mais il n’est pas le capitaine von Trapp de La mélodie du bonheur  de Robert Wise qui a protégé ses enfants en les tenant à l’écart d’un monde devenu totalitaire. Luchaire au contraire a entraîné sa fille dans sa propre déchéance, jusqu’à lui transmettre la tuberculose.

Le point de vue d’Eva est à la fois sans concession mais humaniste et ce faisant, Giannoli nous invite à ce même exercice. Il n’est d’ailleurs jamais complaisant avec Luchaire. Certes les travaux des historiens insistent sur son antisémitisme qui  n’est pas aussi saillant dans le film. Certainement car il reflète le point de vue de Corinne. Mais le cinéaste n’esquive pas pour autant ce fait et ses petits services rendus ne sont jamais qu’une manière pour lui de se donner bonne conscience et se rattacher comme il peut aux idéaux qu’il prétend encore défendre. Pourtant, l’aveu de son antisémitisme fait à Céline sonne à la fois comme une volonté de plaire à tous les collaborateurs jusqu’aux plus abjects que comme la revendication d’une idéologie que peut-être même sa fille ignorait. Surtout, jamais le cinéaste fait de Jean Luchaire un repentant de sa collaboration, même à Sigmaringen, même après sa fuite fatale.

Le film décortique ainsi le processus de conversion d’un homme de gauche, humaniste, pacifiste, luttant contre l’antisémitisme vers la collaboration puis vers le collaborationnisme avec une idéologie et un régime liberticide, autoritaire et antisémite. Cette autopsie de la période est alors troublante car derrière la fresque historique, le spectateur ne manque pas de faire lui-même les rapprochements avec son présent. C’est d’ailleurs le propre de tous les films dits « historiques ». Derrière chaque situation ou personnage du passé portés à l’écran, le spectateur cherche qui pourrait leur ressembler dans son présent. Le plus amusant est alors de lire d’où viennent les critiques. Elles émanent autant d’un parti que d’un journal. Comme autrefois le chef des SA s’était reconnu  dans le syndicat du crime dans M le maudit de Fritz Lang, il est savoureux de lire dans les colonnes de Libération les critiques les plus acerbes contre le film. Peut-être que Daniel Schneidermann s’est lui aussi reconnu dans le portrait d’un journal qui prétendait être de gauche, pacifiste, contre les idéologies totalitaires et l’antisémitisme et qui s’avère jour après jour le défenseur d’une idéologie totalitaire et antisémite. Et il est vrai que le réquisitoire de Lindon, implacable, ressemble pour beaucoup au portrait d’un Mélenchon derrière Luchaire. Comment ne pas reconnaître en effet celui qui fut le défenseur à gauche d’une laïcité la plus intransigeante en traitant le hijab de torchon et qui était le soutien indéfectible d’Israël contre les agressions du Hezbollah ou de l’Iran, et qui est aujourd’hui l’allié objectif des frères musulmans, prise de guerre selon l’islamiste antisémite Houria Bouteldja, prêt à défendre les mollahs iraniens contre Israël…

Que Giannoli ait voulu ou pas cette association, les spectateurs l’ont faite de toute façon. L’accuser d’avoir humanisé Luchaire et rendu sympathique ce collabo relève de la même critique qui avait été faite lors du film La chute d’Oliver Hirschbiegel en 2004. Et pourtant, comme dans ce film, la clé est donnée à la fin du film dans une séquence magistrale. Dans La chute, la vraie secrétaire d’Hitler rappelait qu’elle n’avait pas voulu savoir ce qui se passait mais que sa jeunesse n’excusait rien puisque Sophie Scholl elle l’avait vu. Dans Les rayons et les ombres, c’est Leonide Moguy qui confronte Corinne au fait qu’elle n’a pas voulu voir ce qui arrivait. Et la réponse qu’il lui avait faite nous revient en tête quand elle lui avait dit à propos d’Otto : « il n’est pas celui que vous croyez ». Ce à quoi il avait rétorqué « il n’est pas non plus celui que tu crois ».

Et Gianolli de conclure avec ce cinéaste juif demandant à Corinne Luchaire de refaire un film avec lui, car après tout,  ce n’’est  que du cinéma. Mais Xavier Giannoli lui n’a pas fait que du cinéma. Derrière une fresque magistrale, il pousse les spectateurs à réfléchir.  Et à voir le succès du film, les spectateurs ne s’y trompent pas.

 

Lionel Lacour

jeudi 11 septembre 2025

CinéVisit, un exemple en image!

 

Bonjour à tous

CinéVisit est ce projet d'application en ciné-tourisme destiné à ceux qui veulent découvrir les sites touristiques grâce aux films qui les ont montrés.

Pour financer cette application, nous avons bénéficié de le subvention "émergence" de la région Auvergne-Rhône-Alpes et de l'accompagnement de NovaCité de la CCI de Lyon.

Vous pouvez également participer à la campagne de crowdfunding en cliquant ici : CinéVisit Ulule

Vous pourrez vivre par exemple cette expérience rue du Premier film. Vous rendre rue du Premier Film, devant ce qui fut l'usine Lumière devenue la salle du Hangar de l'Institut Lumière, et visionner sur votre téléphone le tout premier film de l'Histoire du Cinéma.



Vous pourrez même pénétrer à l'intérieur de ce hangar aux heures d'ouverture et pourquoi pas réserver une place de cinéma car l'Institut Lumière c'est aussi une cinémathèque.
À partir de la contribution "Climax" vous pourrez même obtenir des places pour le Festival Lumière 2026, dans cette salle ou ailleurs. Et bien plus encore pour les contributions supérieures!
Alors n'hésitez pas à participer à cette collecte et même à la partager!

Alors n'hésitez pas! Participez à CinéVisit Ulule et partagez ce lien à tous ceux qui comme vous, aiment des expériences mêlant histoire, cinéma et culture!

Lionel Lacour







vendredi 5 septembre 2025

CinéVisit, l'appli de ciné-tourisme: ce sera pour bientôt grâce à vous!

 Bonjour à tous

Cela fait des années que je travaille sur ce projet d'application en ciné-tourisme.


Après plusieurs rencontres avec des partenaires, collectivités territoriales, entreprises de cinéma, développeurs, le projet CinéVisit va enfin aboutir!

Quelle joie!

Soutenu par Novacité et la CCI de Lyon, CinéVisit a reçu cet été la subvention "Emergence" du programme Startup & Go de la région Auvernge-Rhône-Alpes.

Depuis le 4 septembre, le projet avance un peu plus encore avec une campagne de crowdfunding menée avec Ulule: https://fr.ulule.com/cinevisit-cine-tourisme/ 

Vous pourrez ainsi découvrir le projet entier de cette application et contribuer à la hauteur de vos possibilités pour que CinéVisit puisse proposer des balades cinématographiques dans toute la France, et ensuite au-delà des frontières hexagonales.

Ces balades cinématographiques permettront de se rendre sur les lieux de tournage des films, de voir les extraits de ces films à l'entroit même où ils ont été réalisés. Mais cela ne s'arrête pas là! Vous pourrez ensuite jouer dans un quiz, à chaque étape du parcours géolocalisé, et découvrir les merveilles de la ville grâce au cinéma.

Une envie de (re)voir le film? Vous pourrez récupérer le lien VOD du film et le voir chez vous, tranquillement, et revivre l'émotion cinématographique et touristique après votre voyage.

Vous voulez partager votre visite cinématographique avec vos proches? Vous pourrez prendre des selfies avec un sticker "CinéVisit" et les envoyer sur vos réseaux sociaux préférés!

Voilà tout ce que permettra CinéVisit et encore plein d'autres choses!!!

Alors n'hésitez pas! Si vous souhaitez que CinéVisit existe rapidement, c'est-à-dire dès le premier trimestre 2026, alors vous pouvez y contribuer!

https://fr.ulule.com/cinevisit-cine-tourisme/

Je vous dis à très bientôt!

Lionel Lacour, fondateur de Cinésium et désormais, de CinéVisit!