jeudi 10 octobre 2019

Lumière 2019 - "Les gens d'un bidonville", une Corée invisible

Bonjour à tous

Dans sa carte blanche, Bong Joon-ho a choisi le premier film de Bae Chang-ho Les gens d'un bidonville. Réalisé en 1982, ce film se plonge dans ce qu'était encore la Corée du Sud à l'heure où ce pays qui allait être désigné comme un des 4 dragons de l'Asie était encore dans une situation économique désastreuse, ne se remettant que lentement d'un conflit fratricide et d'une mise sous tutelle américaine totale.
Et c'est bien parce que ce film témoigne de ce que la Corée du Sud se refusait de montrer au monde, elle qui se donnait comme ambition de devenir un des ateliers du monde occidental avec Hong Kong ou Taiwan qu'il fut interdit de projection en dehors du pays jusqu'en 1988, quand le pays ne pouvait plus cacher grand chose en ayant ouvert son territoire au monde entier de par l'organisation des Jeux Olympiques d'été.
Histoires simples, personnages modestes, le cinéaste filme le quotidien d'un bidonville autour d'un mélodrame familial. Style dépouillé s'intéressant aux détails de chaque situation, Bae Chang-ho gagne ses galons de cinéaste majeur avec 17 films tournés depuis ce premier long-métrage, le dernier réalisé en 2004, il y a 15 ans déjà.

Le film sera présenté par la réalisatrice de Party girl et de C'est ça l'amour Claire Burger.

Samedi 19 octobre - 19h - Institut Lumière (salle 2)
Les gens d'un bidonville de Bae Chang-ho
Présenté par Claire Burger
Réservation: www.festival-lumiere.org

À très bientôt
Lionel Lacour

mardi 8 octobre 2019

Lumière 2019 - "Liberté, la nuit", un plein retour sur la question algérienne


Bonjour à tous

L'INA a restauré le film de Philippe Garrel Liberté, la nuit projeté en exclusivité pour le festival Lumière. C'est un film devenu rare abordant un sujet que le cinéma français a eu du mal a traité tant les plaies de la guerre d'Algérie ont du mal à se refermer.
Réalisé en 1983, le film de Philippe Garrel n'aborde pas le conflit comme pouvait le faire René Vautier dans Avoir 20 ans dans les Aurès. Il ne s'agit pas d'une chronique de guerre. Le point de vue est celui d'un couple dont l'amour s'éteint, ne partageant semble-t-il plus rien. Et pourtant, ils sont tous les deux de farouches partisans de l'indépendance algérienne, défenseurs du FLN.

Evidemment, le film doit se regarder selon le contexte de l'époque de sa sortie. Présenté à Cannes en mai 1984, la France connaît ses premiers soubresauts dans les quartiers. En 1981, le quartier de Minguettes s'enflamme et fait la Une des journaux télévisés. Le FN profite de cette flambée de violence et voit le discours de son leader davantage écouté et l'élection municipale anticipée de Dreux résonne comme un coup de tonnerre avec une liste FN au second tour! Jean-Marie Le Pen, député s'étant engagé dans la guerre d'Algérie et opposant féroce contre "le traître" de Gaulle réactive le débat autour de l'Algérie française. 1983 est aussi la fameuse marche pour l'égalité partie de Lyon, appelée ensuite "marche des beurs" donnant naissance, sans l'accord des initiateurs de la marche, de l'association SOS Racisme.

Le film de Philippe Garrel repose donc sur un contexte de mémoire réactivée sur la guerre d'Algérie et suit le film de Pierre Schoendoerffer L'honneur d'un capitaine sorti en 1982 et dont le propos était de réhabiliter l'armée française derrière le personnage d'un officier accusé (à tort?) de crimes de guerre.

Liberté, la nuit s'inscrit donc dans cette réactivation des questions post-coloniales en France, soulevant autant des questions politiques, sociétales que des réactions artistiques et donc cinématographiques. Mais c'est aussi et avant tout une œuvre cinématographique dans laquelle se retrouvent des artistes issus de ce cinéma français de la fin des années 50 et début des années 60. Emmanuelle Riva, l'héroïne d'Hiroshima mon amour y trouve un rôle à sa mesure. Maurice Garrel, le mari, retrouve un personnage impliqué dans la guerre dAlgérie comme celui qu'il jouait dans L'insoumis d'Alain Cavalier en 1964. Jean-Pierre Léaud y joue même un petit rôle. László Szabó, acteur d'origine hongroise a travaillé avec Godard ou Costa Gavras dans les années 60.

Mais c'est aussi une esthétique que Philippe Garrel privilégie. Le noir et blanc, les gros plans, le film plonge dans les interrogations et les contradictions des personnages, poussant Jean (Maurice Garrel) à redécouvrir sa femme tuée par l'OAS et à comprendre cette jeune pied-noire dont il est tombé amoureux.


Samedi 19 octobre - 21h30 - Institut Lumière (salle 2)
Liberté, la nuit de et en présence de Philippe Garrel
Réservation: www.festival-lumiere.org

À très bientôt
Lionel Lacour

samedi 5 octobre 2019

Lumière 2019 - Quand Émile Cohl donna une âme à ses dessins

Bonjour à tous

pour beaucoup de personnes, Émile Cohl est d'abord le nom d'une école qui forme de futurs graphistes ou designers travaillant plus tard dans tous les domaines, y compris les jeux vidéo. Mais Émile Cohl est d'abord un des précurseurs du film d'animation.
En 2008, alors qu'il a 51 ans, il rejoint la société Gaumont, historiquement la première société de production de cinéma du monde, et réalise de nombreux films d'animation.

Ce sont quelques uns de ces courts-métrages que le Festival Lumière programme en partenariat avec Gaumont qui les a restaurés afin d'en permettre la redécouverte, dont le fameux Fantasmagorie, reprenant ici un titre qui avait fait les beaux jours des spectacles à la lanterne magique et dont les plus fameux furent ceux d'Etienne-Gaspard Robert à la fin du XVIIIème siècle.

Les spectateurs pourront découvrir des œuvres rares qui ont participé à l'aventure du cinéma après les vues Lumière et les films avec des vrais acteurs. Car ce qui saute aux yeux, c'est à la fois le génie d'Émile Cohl mais aussi la contemporanéité de ses films. Parce qu'il a compris qu'un dessin mis en mouvement par la magie cinématographique acquérait la vie le temps de la projection et créait une empathie insensée avec des spectateurs surpris d'être émus par des dessins qui devenaient soudain animés, c'est-à-dire étymologiquement doté d'une âme.

Alors oui, il y a eu Disney, Grimault et les autres, mais il y a eu avant eux Émile Cohl. Et le Festival Lumière est aussi là pour le rappeler et montrer ses films!


Mercredi 16 octobre - 9h30Institut Lumière (salle 2)
Courts métrages d'Émile Cohl
En présence de Manuela Padoan, directrice des Archives Gaumon-Pathé
Réservation: www.festival-lumiere.org



À très bientôt
Lionel Lacour

vendredi 4 octobre 2019

Lumière 2019 - "Léviathan", une perle du cinéma français

Bonjour à tous

Léonard Keigel vient présenter son premier film, Léviathanà la salle 2 de l'Institut Lumière le mercredi 16 octobre à 16h15. Réalisé en 1962, il est projeté en exclusivité au Festival Lumière dans une copie restaurée intégralement avant sa ressortie en 2020, distribué par Héliotrope Films.

Après avoir été l'assistant réalisateur de René Clément, Léonard Keigel passe à la réalisation pour Léviathan en adaptant le roman éponyme de Julien Green qui signera d'ailleurs les dialogues du film. Produit par Pierre Jourdan, Léviathan a pour premier rôle Louis Jourdan, acteur français dont la carrière fut quasi exclusivement américaine à la fin des années 40. Son retour au cinéma français au début des années 60 fut marqué par son rôle d'Edmond Dantès dans la version de Claude Autant-Lara du Comte de Monte-Cristo. C'est donc un casting de première classe qui se propose à Léonard Keigel dans ce film noir, marqué par les sentiments à la fois les plus puissants et les plus vils d'un homme, magnifiés par une photographie remarquable de Nicolas Hayer et de décors l'étant tout autant.

Autour de Louis Jourdan, la jeune Marie Laforêt trouve un rôle bien plus complexe que celui de Marge, l'héroïne du film du mentor de Léonard Keigel dans Plein soleil, tourné un an auparavant. Mais c'est surtout le personnage de Madame Grosgeorges interprétée par Lilli Palmer, actrice allemande à la carrière internationale, et notamment hollywoodienne (elle fut l'épouse de Rex Harrison), qui est le personnage central de ce drame passionnel à l'ambiance moite dans lequel le beau Louis Jourdan semble avoir perdu tout l'éclat de ses rôles habituels pour donner une prestation tout en retenue et en noirceur.

Ce film est une perle du cinéma français qui a été trop longtemps perdue et que le Festival Lumière permet de redécouvrir.

Mercredi 16 octobre - 16h15 - Institut Lumière (salle 2)
Léviathan 
de et en présence de Léonard Keigel
Réservation: www.festival-lumiere.org
À très bientôt
Lionel Lacour