lundi 16 janvier 2017

"Lumière!", des origines du cinéma aux origines de notre société contemporaine

Bonjour à tous

le 25 janvier, un film bien étrange sera présent sur de nombreux écrans de cinéma français. Étrange par la forme mais aussi par l'origine des images qui le constitue. Car celles que les spectateurs verront l'ont déjà été ... il y a plus de 120 ans pour les plus anciennes.
Lumière! est donc un film qui met en scène des films des Lumière - et de leurs opérateurs - réalisés par le cinématographe Lumière, géniale invention des fils d'un visionnaire, Antoine Lumière, invention qui allait révolutionner le monde. Or plus personne ne peut témoigner de l'effet que ces images ont pu avoir sur les spectateurs, les premiers spectateurs du cinématographe. La gageure de Thierry Frémaux fut donc rassembler les films Lumière, d'en faire une sélection d'un peu plus de 100 sur les presque 1500 "vues" que compte le catalogue et de raconter tout ce qui fit la modernité de cette innovation, la retranscription sur grand écran, d'une image en mouvement, tout en étant le support d'un art nouveau et dont les
différents opérateurs allaient poser dès le début les jalons esthétiques. Le tout en ramenant les spectateurs de 2017 à une époque où le cinéma était muet, en noir et en blanc et où un film durait moins d'une minute.

Il serait vain de résumer Lumière! car il ne se présente pas comme une narration, une Histoire du cinématographe et des films qui en sont issus. Les thèmes qui structurent cette anthologie permettent de comprendre déjà le point de vue abordé. "La France qui travaille", "La France qui s'amuse" ou encore la sélection de films tournés ailleurs qu'en France illustrent combien le cinématographe fut une invention terriblement moderne, parfois au-delà même des commentaires de Thierry Frémaux.
Ainsi, il rappelle que le premier film de l'histoire, Sortie d'usine, est en soi le premier film publicitaire puisqu'il montre justement l'usine des inventeurs du cinématographe dont la joie de vivre des ouvriers et des ouvrières saute aux yeux. Que cela ait été conscient ou pas de la part de ces géniaux Lyonnais n'a pas grande importance. Les spectateurs voyaient des gens heureux de travailler pour cette entreprise comme des entreprises peuvent le faire encore aujourd'hui, par exemple McDonald, valorisant leur image auprès des consommateurs. Mais ce qui est le plus troublant, c'est que la plupart des films tournés dans les villes, en France ou ailleurs, sont couverts de panneaux publicitaires, comme par exemple sur les trams de la place du pont à Lyon, ce qui confirme que le monde des Lumière est déjà un monde de publicité.
De même, Thierry Frémaux rappelle avec justesse que le cinématographe permit de montrer le monde au monde, de projeter des images d'Asie ou d'Amérique latine à des spectateurs français ou européens, témoignant de fait de cette pré-mondialisation que les opérateurs Lumière reflétaient par leurs films et les choix de leurs sujets. En montrant le monde, les Lumière raccourcissaient les distances entre les sujets des films et les spectateurs, rendaient accessible l'exotisme auprès de populations pour qui quitter sa ville pouvait déjà en soi être l'aventure. Et là encore, le contenu des films illustraient à merveille les commentaires de Thierry Frémaux. Ainsi, quand il aborde l'idée même de cette conquête du monde par les opérateurs, c'est sur un film montrant des enseignes de produits venus du monde entier, comme le chocolat russe!

Les merveilles que sont ces films Lumière, restaurés dans la qualité exceptionnelle du 4k, sont donc présentées aux spectateurs du XXIème siècle dans une qualité que peut-être bien des spectateurs des début du cinématographe n'ont pas eu la chance de les voir. Et si ceux-ci pouvaient voir leur temps porté sur l'écran, la magie était moins de voir ces objets, machines, individus ou lieux qu'ils pouvaient peut-être déjà connaître que de les voir s'animer sur un support blanc sur lequel la lumière venait s'écraser, porteuse d'images de la réalité. Les spectateurs du XXIème siècle y verront exactement l'inverse. La magie n'est plus de découvrir des films sur des écrans tant ils ont été habitués à en voir. La magie provient justement de la révélation que notre société si moderne n'est pas si éloignée de celle des débuts du cinématographes: aménagements des espaces avec des machines puissantes et intrigantes comme dans ce film montrant une machine originale lors de la construction du canal de Jonage près de Lyon, tourisme archéologique, commerce international, consommation de drogues, accompagnement sanitaire avec personnel spécialisé, loisirs divers et de masse, recentrage des intérêts particuliers sur la cellule familiale...

Dans Lumière! toute notre société est à l'écran. Mais elle l'est sur des films tournés il y a près de 120 ans. C'est cette modernité qui surgit sur ce Lumière! conclut par un génie du cinéma dans une image constituant une passerelle entre les deux périodes mais permettant de comprendre pourquoi, depuis 1895, le cinématographe continue d'exercer une telle fascination. Le cinéma n'est pas une nième invention de la Révolution industrielle comme il y en eut tant. Il est une invention dont les améliorations techniques n'ont jamais oxydé la magie des premières œuvres qui portaient en elles une humanité inaltérable.

Il ne reste plus qu'à découvrir sur grand écran ces films, si anciens et si contemporains, avec le plaisir des spectateurs des premiers temps du cinématographe, le tout accompagné de la musique de Camille Saint Saens et des commentaires du directeur de l'Institut Lumière, Thierry Frémaux, qui a tant fait pour que ce nom, si symbolique, ait la reconnaissance qu'il mérite dans le monde entier.

À très bientôt
Lionel Lacour

Lumière! Sortie nationale le 25 janvier 2017


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