Mardi 13 octobre 2015 à 14h15, le Festival Lumière propose la projection des deux volets du documentaire Cinékino. Ce documentaire croise le regard de deux réalisateurs. L'un, Laurent Heynemann, est français, ayant tourné des films autant pour le cinéma (La vieille qui marchait dans la mer en 1991) que pour la télévision (on lui doit par exemple des épisodes de la série Maigret avec Bruno Kremer et des adaptations de nouvelles de Maupassant). L'autre, Matthias Luthardt, est allemand, près de 25 ans plus jeune que le premier et réalisateur essentiellement d'œuvres pour la télévision allemande. Réalisé en 2015, il s'agit fort logiquement d'une co-production franco-allemande de Ideale Audience (société française), Zero One Film (société allemande) et de Arte, chaîne de télévision qui porte dans ses gènes l'idée d'une culture et d'une collaboration franco-allemande.
Ce sont donc deux cinématographies, deux histoires qui se téléscopent dans ce documentaire qui vient rendre compte de ces relations parfois complexes, conflictuelles ou au contraire pleine d'amour réciproque entre la culture française et celle germanique par l'intermédiaire de personnalités marquantes de ces deux cinémas.
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Pierre Brice joue Winnetou, mythe du cinéma allemand |
Par des développements en touches successives, les réalisateurs de ce documentaire, richement illustré d'extraits de films, d'archives de l'époque de tournage ou de réception des films à leurs sorties, mais aussi d'entretiens avec des spécialistes savamment compilés, développent ce qui constitue une singularité européenne: les relations franco-allemandes.
Cinékino permet de comprendre qu'une Histoire européenne voire mondiale peut s'appréhender par l'histoire du cinéma, par exemple lorsque la France devint une terre d'asile autant artistique qu'idéologique pour des artistes germaniques. Ceux-ci virent dans ce pays d'accueil la possibilité d'exercer leur art et d'exprimer leurs opinions. Ce fut le cas pour Fritz Lang qui quitta l'Allemagne en 1933 et tourna en France Liliom. Robert Siodmak arriva la même année en France pour ne la quitter qu'en 1939 pour rejoindre comme nombre de ses compatriotes les USA et Hollywood.
Des destins multiples sont ainsi relatés, mêlant le glamour et le sens des responsabilités de chacun. Ainsi en fut-il pour les relations entre Jean Gabin et Marlène Dietrich évoquées par de nombreuses sources dans ce documentaire.
Tel un puzzle dont chaque pièce est perçue par le spectateur comme un élément d'un tout, Cinékino revient sur des personnages - la belle Romy Schneider et son besoin de tourner La passante du Sans-Souci - ou sur des périodes. Ainsi la première partie du documentaire évoque le cinéma allemand des années 1930. C'est pour mieux y revenir par la suite dans la deuxième partie avec une approche différente.
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De gauche à droite: M. Piccoli, F. Lang, J. Palance, J.-L. Godard |
C'est enfin le passage de témoin entre deux générations de cinéastes qui s'opère notamment quand Godard réalise Le mépris en 1963 et fait jouer Fritz Lang dans son film pour interpréter son propre rôle!
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Montage en split screen des deux fins du film de J. Rouffio La passante du Sans-Souci |
Ce documentaire, forme de kaléidoscope cinématographique, correspond donc, de fait, à une forme d'Histoire de l'Europe autour de ces deux piliers, parfois antagonistes, mais dont les deux peuples, et les artistes en particuliers, ressentent une fascination l'un envers l'autre. Cela passe donc par le cinéma, cette culture commune, les cinéphiles français nourris à l'expressionnisme allemand des années 1920, ceux allemands vivant en France bercés par la cinémathèque et la Nouvelle vague. Chacun inspirant l'autre. La venue en France des exilés d'après 1933 renouvela le cinéma français comme celui-ci a pu inspirer avant ou par la suite les réalisateurs allemands. Cette fascination et respect réciproques passe enfin par la volonté des interprètes des deux côtés du Rhin de jouer pour des cinéastes de l'autre pays. En jouant dans la langue du pays du cinéaste. Ce fut vrai pour Romy Schneider, ce l'est également pour Isabelle Huppert qui tourna pour de nombreux cinéastes de langue germanique.
Pour tous les amoureux du cinéma européen, du cinéma allemand et français, et pour tous ceux qui hésiteraient encore à imaginer que la culture est une passerelle évidente entre les peuples, ce documentaire est à voir d'urgence, parce qu'il peut se regarder comme un recueil de poèmes, par touches ou dans son ensemble, ensemble qui donne la cohérence aux deux volets, sans qu'une morale finale ne soit assénée. L'introduction du documentaire se suffisant à elle-même:
"Deux pays, deux langues, un point commun: l'amour du cinéma"...
À bientôt
Lionel Lacour
Cinékino (partie 1 et 2) - Mardi 13 octobre 2015 - 14h15 - Salle 2 Institut Lumière
Billetterie:
Site Festival Lumière
ou par téléphone: 04 78 78 18 95
ou sur les différents points d'achat du festival.
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