jeudi 25 juin 2015

"Certains l'aiment chaud" en plein air à Lyon: entre pastiche et transgression

Bonjour à tous

ce soir, l'Institut Lumière propose le chef-d'œuvre de Billy Wilder pour ses séances en plein air, place Ambroise Courtois: Certains l'aiment chaud.


Film classé "meilleure comédie du cinéma" par l'American Film Institute, il doit son succès à bien des choses! C'est d'abord le film d'un génie du cinéma, sachant jouer sur tous les registres, du drame à la comédie en passant par l'analyse sociétale. C'est ensuite un casting formidable qui fait se côtoyer deux immenses acteurs, Tony Curtis et Jack Lemmon - oscar du meilleur second rôle - et un sex symbol planétaire et universel: Marilyn Monroe. C'est toujours une bande son inoubliable avec une chanteuse, toujours Marilyn, qui sait magnifier n'importe quel refrain.C'est aussi le choix d'un scénario qui reprend une histoire de polar des années 30, Little Cesar pour en faire une comédie.
C'est enfin une analyse des mœurs bien plus transgressive que bien des films qui traitent de ce sujet aujourd'hui.



Car Billy Wilder, sans l'air d'y toucher, fustige toutes les hypocrisies des USA. En plaçant l'action du temps de la prohibition, il en rappelle celle la plus célèbre: l'interdiction de l'alcool. Mais en transformant ses héros en des fuyards contraints à se transformer en femmes pour échapper à la mafia, il permet un point de vue de femme sur ce que la société leur impose. À commencer par la nécessité d'une vertu irréprochable. La femme est montrée comme digne seulement si elle mène une vie chaste. La responsable de l'orchestre dans lequel chante Sugar (Marilyn Monroe) est de ce point de vue intraitable. Mais elle est accompagné perpétuellement d'un homme dont on se demande bien ce qu'il fait finalement là! À moins que...
À l'abstinence l'interdiction de boire de l'alcool ou de fumer ou tout simplement de s'amuser. Une séquence d'anthologie dans laquelle toutes les musiciennes se retrouvent dans la couchette du personnage interprété par Jack Lemmon (Jerry) qui se fait passer pour une certaine Daphné montre combien ces interdictions sont contournées comme l'est la prohibition.

Mais Certains l'aiment chaud est surtout mythique pour les transformations récurrentes de Jerry et Joe (Tony Curtis) en hommes ou en femmes, permettant de voir à chaque fois ce que peut vivre la gente féminine des hommes. Ainsi, les relations entre Sugar et Joe ne sont pas simples. Elles reposent sur le mensonge, une séduction de pacotille cherchant à séduire une femme sur le clichés qui affirme que ces dames ne cherchent qu'une promotion sociale dans le mariage. Mais Sugar, malgré sa superficialité apparente s'avère être un être bien plus honnête que ce que les représentations classiques des jolies filles ne proposent habituellement. Mais c'est surtout dans son aspect transgressif que le film détone à cette époque. Par la drôlerie permanente des situations, il évoque la possible attirance d'un homme pour un autre homme. Ô bien sûr, cela n'est jamais dit de manière frontale. Mais Wilder jouer subtilement sur les ambiguïtés des situations et des personnages. Tantôt c'est un milliardaire qui tombe amoureux de Daphné (Jerry), tantôt c'est lui qui se plaît à imaginer qu'il puisse se marier avec lui... pour mieux lui annoncer la vérité à l'issue des noces.
L'ambiguïté est telle que Wilder ne révèle rien, pousse la situation entre les deux membres de ce couple improbable à la fois dans la confusion totale alors même qu'il efface tout secret entre les deux.

Oser ne pas condamner d'une manière ou d'une autre l'homosexualité, même sous couvert de la comédie, en pleine période du code Hays triomphant à Hollywood, et en affrontant les ligues puritaines qui militèrent contre la projection de ce film, voilà qui était déjà un beau défi. Mais réussir à faire de Certains l'aiment chaud une œuvre à la fois commerciale - le film fut un triomphe à sa sortie - et traversant les décennies, voilà qui relevait de l'exploit. Et si en plus, le film laisse pour la postérité une chanson mythique (I wanna be loved by you) et une réplique culte (Nobody's perfect), alors on entre définitivement dans la légende!


À très bientôt
Lionel Lacour

Certains l'aiment chaud (VOST) - Place Ambroise Courtois - Lyon 8ème
Jeudi 25 juin 2015 - 22h00 - séance gratuite
Reste de la programmation sur www.institut-lumiere.org


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