samedi 19 février 2011

Gran Torino: Eastwood et le rêve américain

Bonjour à tous,

deuxième message aujourd'hui pour ne pas rester sur une critique de film désagréable.
Pas de grande révélation aujourd'hui pour les amoureux de l'oeuvre de Clint Eastwood. Gran Torino est sorti en France il y a déjà deux ans et la production du réalisateur s'est déjà enrichie de deux films! Bien des critiques ont pu être faites sur son Gran Torino, dénonçant un certain aspect conservateur pour ne pas dire réactionnaire. D'autres reprochent quelques séquences un peu grossières, notamment quand le héros se dit à lui même qu'il a plus d'affinités avec ses voisins asiatiques qu'il connaît depuis quelques jours qu'avec sa propre famille.
D'autres critiques tout aussi juste ont été faites contre ce film.
Mais, et c'est aussi la force des grands films, les qualités et le souffle l'emportent sur le reste, comme Casablanca de Michael Curtiz pour d'autres raisons.

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1. L'entrée en matière du film
Ainsi donc, Clint Eastwood joue un rôle de grincheux, caricature de lui-même, veuf et entouré d'une famille tout aussi désagréable que lui. Il semble n'aimer qu'une chose hormis la bière: sa voiture, une Ford Gran Torino, qu'il entretient tant qu'elle semble encore sortie de la concession alors qu'elle a près de 40 ans. L'histoire commence vraiement quand un jeune Hmong essaie de la lui voler. Il échoue en se faisant surprendre par le héros, Walt Kowalski, un vétéran de la guerre de Corée. Celui-ci, interprété donc par Eastwood lui-même, est un raciste notoire mais va se prendre d'amitié progressivement par ce gamin.

2. Un film raciste?
Ce qui peut surprendre, c'est bien sûr le vocabulaire racite du héros. Chaque communauté a droit à un florilège d'insultes pour les caractériser. Dès lors, il ne fait aucun doute que le personnage est raciste. A ceci près qu'une séquence le montre en train de défendre une jeune fille hmong agressée par des jeunes noirs, mais en s'en prenant au jeune blanc accompagnant la jeune asiatique. Que lui reproche-t-il? Simplement de ne pas avoir d'identité, de vouloir ressembler aux noirs, dans son vocabulaire, dans sa manière de se vêtir.
Petit à petit, c'est un autre personnage qui apparaît sous les yeux des spectateurs. Ses jurons racistes deviennent plus des manifestations de reconnaissance des communautés présentes aux USA qu'un racisme tel que nous l'entendons aujourd'hui. Son origine polonaise ne fait pas de lui un américain meilleur que les noirs ou asiatiques ou italiens.
Son racisme est politiquement incorrect. Le film va progressivement en donner la raison.

3. Un héros figé dans les années 50
La raison du racisme de Kowalski, ou du moins ce que le spectateur ressent comme tel, vient du fait que ce personnage est d'un autre temps. Sa vie semble s'être arrêtée dans les années 50, à l'issue de la guerre de Corée. Plusieurs indices le montrent, à commencer par sa voiture. Elle aussi est figée dans le temps. On ne le voit jamais la conduire. Il ne comprend pas que son fils puisse rouler en voiture japonaise, alors que le marché américain est depuis des décennies dominé par les marques nippones.
Sa maison est remplie d'objets, de souvenirs anciens. Aucune modernité n'est présente chez lui. Il refuse de vieillir, ne se voit pas vieillir quand ses enfants et petits enfants ne le voient que grabataire.
L'expression de sa xénophobie est elle aussi une forme de langage archaïque. Le politiquement correct, la défense des droits des différentes communautés depuis la fin des années 50 jusqu'à aujourd'hui n'ont pas eu de prise sur lui. Il n'épargne de fait personne, pas plus les noirs que les blancs. Comme dit précédemment, cela relève davantage d'une forme de reconnaissance des autres plutôt que d'un rejet des autres. la preuve en est son acceptation finalement facile de dialogue avec ses voisins asiatiques.
Ceux-ci lui sont reconnaissant de les avoir débarassés de petits truands. Or le comportement de Kowalski ressemble à celui des héros de films des années 50, pas à celui des citoyens d'aujourd'hui.

4. Le temps se débloque
Kowalski change du tout au tout en très peu de temps. Ce personnage si figé devient rapidement un autre. Le rôle des deux frère et soeur hmong est évidemment primordial. Peut-être parce qu'il se projète dans le jeune garçon et que la jeune fill ose lui dire ce que personne n'a osé lui dire.
Mais s'il retrouve une forme de bonheur passé avec le jeune homme, qui lustre la Gran Torino avec le même plaisir que lui, c'est bien par le lien que la jeune fille a créé avec lui que sa vie reprend.
Plusieurs séquences l'illustrent parfaitement: une double confession, une réelle faite au prêtre n'avoue qu'un péché bien petit. Celle qu'il fait symboliquement au jeune hmong est bien plus importante et donne la clé pour comprendre pourquoi sa vie s'est figée.

La suite est difficilement racontable sans enlever le plaisir du film. Néanmoins, sans rien dévoiler, la conclusion ne peut que renvoyer au rêve américain, celui de la conquête de l'Ouest, celui que les pionniers venus de loin ont fait en rêvant d'un monde meilleur qui les amènerait au bonheur. Pas celui de la consommation. Celui de l'accomplissement de soi, de la volonté de devenir quelqu'un.

Pour Clint Eastwood, dans plusieurs films, le temps des guerres de la guerre froide a été un temps pendant lequel l'idéal américain a été oublié, comme on peut le voir dans Le maître de guerre. Son Amérique est faite d'Américains qui se reconnaissent dans des valeurs communes, celle du courage et de l'abnégation. Ils peuvent échouer, avoir commis des crimes ou simplement des erreurs, ils peuvent même mourir pour avoir voulu atteindre leur rêve ou être fidèle à leur idéal. Mais leur combat doit être juste.
C'est un message très conservateur, empli de morale chrétienne, la présence du prêtre est d'ailleurs très présente dans ses films, notamment Gran Torino et Million Dollar Baby. Mais ce n'est pas un conservatisme rance. Son Amérique doit s'appuyer sur ces valeurs mais doit avancer, accepter ses mutations et continuer à faire du sol américain un creuset.

Message idéaliste, conservateur sûrement, que son héros, Kowalski, d'origine polonaise, transmet à son quartier, et finalement aux spectateurs, américains ou non.

A bientôt
Lionel Lacour

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