jeudi 7 juin 2012

Balades cinématographiques à Lyon: Préparez la rentrée!

Bonjour à tous,

vous souhaitez organiser une visite de Lyon originale en groupe, vous êtes une association, une entreprise, un CE, vous adorez le cinéma (ou vous adoreriez l'adorer!), Cinésium vous propose des visites uniques à Lyon sur le thème du cinéma avec des extraits de films tournés à Lyon visionnés à l'endroit exact de leur tournage, des quizz et d'autres propositions adaptées à vos demandes.

Pour plus de renseignements, rejoignez le site Cinésium


À bientôt
Lionel Lacour













samedi 26 mai 2012

La haine: chef d'oeuvre de Mathieu Kassovitz

Bonjour à tous

Dans le cadre des "Lundis du MégaRoyal" de Bourgoin, j'avais programmé lundi 21 mai La haine de Mathieu Kassovitz. Ce film de 1995 semble avoir été tourné après 2005, date des émeutes urbaines qui ont enflammé les banlieues françaises et qui furent si médiatisées. C'est pourtant dix ans auparavant que Kassovitz, alors âgé de 28 ans seulement, tourna un film choc qui fut salué unanimement par la critique sur ses qualités formelles sûrement davantage que sur ce que le film montrait. Le réalisateur en fut conscient, gêné sûrement quand il fut propulsé dans le monde très glamour de Cannes où il fut d'ailleurs récompensé. Kassovitz regrette d'ailleurs que l'engouement pour son film ait servi justement le film et pas la cause qu'il mettait en scène.
Le public lui rendit également honneur en allant nombreux voir ce film. Et notamment le public des banlieues pour qui La haine représentait un film de référence.

Introduction
La question qui se pose est simple. Est-ce que ce film a réellement marqué une rupture dans le cinéma français dans sa manière de représenter la banlieue? Avant lui, d'autres avaient montré cet

jeudi 17 mai 2012

La boum: un film entre trente glorieuses et crise


Sophie Marceau dans son premier (et plus grand?) rôle
Vic

Bonjour à tous,

le 17 décembre 1980 sortait La boum de Claude Pinoteau qui avait réalisé quelques années auparavant La gifle avec Isabelle Adjani et Lino Ventura. Déjà une histoire d'une jeune fille qui rêvait de davantage de libertés, déjà des parents qui vivaient séparés, déjà une idée de divorce, déjà une possibilité de liberté sexuelle. Et surtout, une jeunesse qui continue à revendiquer et à manifester dans la rue. Mais dans La boum, Vic, 13 ans, incarnée par la débutante Sophie Marceau, vit heureuse dans une famille bourgeoise. Le père, François Beretton, interprété par Claude Brasseur, est dentiste tandis que la mère, Françoise Beretton, jouée par Brigitte Fossey, est dessinatrice de bandes dessinées. Le film commence par une salle de classe, histoire de planter le décor: ce sera une histoire qui racontera la vie des élèves. Puis plusieurs plans qui montrent Paris, mais les beaux quartiers, et surtout, la place du Panthéon et le lycée Henri IV qui n'est pas ce qu'on appelle un établissement de banlieue. Et Vic arrive devant l'entrée du lycée tandis que ses parents emménagent


dans le quartier après avoir quitté Versailles. A partir de cette présentation, quelle histoire peut intéresser les spectateurs puisque tout semble dégouliner de bonheur?

La boum,  un teen movie classique

La séquence de présentation dans le lycée est caractéristique des films destinés aux adolescents. Une cour de récréation, des jeunes caractérisés par leur look, leur comportement; leurs relations avec les autres. Pénélope, qui deviendra la meilleure copine de Vic, fait comprendre à sa jeune sœur que les élèves de 6ème ne doivent pas traîner avec ceux de 4ème! Cette présentation s'accompagne des classiques représentations des adultes, du professeur moqué pour sa (sur)pilosité aux parents qu'il est de bon ton d'utiliser comme taxi mais dont on ne souffre pas qu'ils soient vus avec leurs enfants au risque de les faire passer pour des ringards auprès de leurs copains... qui se comportent de la même manière avec leurs parents.
L'illusion d'une émancipation adolescente est visible dans tout le film, les jeunes narguant la caissière de cinéma se laissant berner par la sœur de Pénélope qui fait croire qu'elle a 13 ans quand elle n'en a que 11 ou organisant des soirées "chez eux" et non chez leurs parents. Ceux-ci doivent d'ailleurs se faire le plus discret lors de la boum organisée chez eux!

Pour que les jeunes spectateurs se projettent encore un peu plus dans le film, les héros collégiens font des blagues potaches à leurs camarades, tournées autour des relations sentimentales ou sexuelles. Mais le tout reste très "mignon", très proche des "teen movies" américains de la même période mais bien loin de ceux d'aujourd'hui, beaucoup plus explicites! Au contraire, Pinoteau tourne une séquence où les deux amoureux, Vic et Mathieu, courent l'un vers l'autre, monté au ralenti pour accentué cet amour adolescent de manière très "kitsch". Mais le réalisateur n'est pas dupe de l'effet sur les spectateurs qui ne peuvent trouver cela que guimauve. Alors que c'est Vic qui raconte ce qu'elle a ressenti, Pénélope, toujours sur ce ralenti, trouve que justement, le ralenti, ça fait "cliché"!
La boum correspond donc à une société sans autre problème que celui d'aller justement  en "boum" et non en "surboum", mot renvoyant inexorablement aux années 60, de savoir comment s'habiller et le cas échéant, de sortir avec un garçon ou une fille, au grand dam des parents, qui, décidément, ne comprennent rien à leurs enfants et qui ne pensent qu'à eux. Le langage est d'ailleurs un marqueur fort entre la génération de Vic et celle de ses parents. Il est à noter l'ampleur des "gros mots" utilisés par Vic en 1980. Sa mère lui reproche de dire "chiant". Manifestement, Vic serait aujourd'hui d'une "vieille France" quand on entend les jolis mots d'oiseaux que se lancent les jeunes collégiens de 2012!
Cette rupture générationnelle est donc classique dans un film d'adolescents mais un personnage vient s'ajouter à l'histoire, et, paradoxalement, faire le lien entre les deux générations. Il s'agit de Poupette, l'arrière-grand-mère de Vic interprétée par Denise Grey. Elle est le symbole des libertés conquises ou à conquérir mais aussi de la sagesse pour les relations amoureuses.

Un souffle de liberté
Ce qui peut expliquer le succès du film est cet air de liberté qui est présent durant tout le film. Ce qui peut surprendre, c'est qu'une des premières affirmations de libertés est liée à la facilité avec laquelle les élèves annoncent que leurs parents sont divorcés ou en passe de l'être. Ceci correspond en fait à une situation avérée avec une recrudescence des divorces. Cependant, il paraît plus probable que ces affirmations soient des mots d'auteurs pour faire rire et témoigner de cette situation de plus en plus fréquente plutôt qu'une transcription de la réalité. Peu d'élèves, parfois encore aujourd'hui d'ailleurs, se vantaient en 1980 d'avoir des parents divorcés.
Cette liberté s'exprime aussi particulièrement avec Poupette qui à plus de 80 ans a un langage sans langue de bois avec tout le monde, se permettant de dire des vérités parfois à l'encontre des bonnes mœurs. Ainsi elle se réjouit que sa petite-fille, Françoise, trompe François et ne manque pas de le lui dire. De même ose-t-elle aborder le fait qu'une concurrente de Vic pose un problème parce qu'elle couche (sic). Sauf qu'elle le dit dans un bus alors même qu'une femme pouvant être la mère de Vic écoute la conversation!
Cette liberté du langage correspond à une liberté acquise après 1968, Poupette étant de ce point de vue bien en avance sur cette période révolutionnaire!
Les relations amoureuses entre François et Françoise semblent être au beau fixe mais n'ont pas empêché François d'avoir une liaison avec une femme, que joue Dominique Lavanant, qui vient le persécuter dans le dispensaire où il travaille. Mais cette maîtresse n'a plus rien à voir avec celles des marivaudages ou autres pièces d'antan. Elle assume pleinement sa sexualité, fait du chantage non pour garder son amant mais pour avoir une nuit d'adieu. Elle s'habille sexy, propose des films érotiques et des aliments aphrodisiaques. La révolution sexuelle est passée par là!


C'est donc une certaine prise de pouvoir par les femmes qui est montré dans le film. Ce sont elles qui décident. Le point de vue est clair. Les hommes sont des suiveurs. Poupette s'est choisi une vie libre avec plusieurs maris. Les relations amoureuses de Vic ne sont jamais vues que par son point de vue. De même pour Pénélope. Ce sont les filles qui décident et qui réagissent. Il en est de même pour Françoise, la mère de Vic. Elle travaille, se bat pour vendre ses dessins dans des magazines, s'habille en costume cravate, change une roue, casse le magasin de la maîtresse de son mari, décide pour lui de ce que va devenir le couple une fois que la tromperie est révélée et bien d'autres détails dans le film. Cette masculinisation du rôle des femmes est d'ailleurs perceptible dès l'énoncé des prénoms. Françoise et François. Le choix ne peut être anodin. Une seule lettre ne distingue les deux époux. Cette liberté des femmes est cependant payée au prix cher. Françoise travaille, Françoise fait à manger, Françoise doit s'occuper de l'adolescence de sa fille et lui faire réciter ses devoirs, Françoise doit rencontrer les professeurs quand ceux-ci ne sont pas contents du travail de Vic. Et Françoise sera à son tour séduite par le beau professeur d'allemand, interprété par Bernard Giraudeau.

Une belle morale conservatrice?
Les saillies truculentes de Poupette, les blagues potaches, les amours tumultueuses de Vic, les micro-fugues de Pénélope pourraient laisser penser que l'ordre moral traditionnel est battu en brèche. Il n'en est rien. D'abord les représentants de la gente masculine viennent régulièrement rappeler certaines valeurs masculines. François s'interpose entre Eric, l'amant de Françoise et des agresseurs. Il fait preuve de courage propre aux qualités traditionnellement attribuées aux films dont le héros est un homme. Ce qui ne l'empêche pas de casser la figure à Eric pour qu'il laisse Françoise tranquille. Mais c'est aussi Mathieu, le petit copain de Vic qui vient casser la figure de François croyant qu'il sort avec Vic - il ignore bien évidemment qu'il est son père! Il fait preuve lui aussi de courage et de sens moral, ce dont ne manque pas  en définitive François. Sa liaison est un secret qu'il essaie de masquer avec son ami Etienne qui le couvre. Cela vaut des quiproquos, des gags et des remords. Mais finalement, c'est François qui vient tout avouer à Françoise. Si cette solution choisie par François semble correspondre à des temps nouveaux - un mari qui avoue son infidélité relève des nouvelles relations mari - femme après 1968 - elle ne fait que mieux servir un discours plus classique et donne l'occasion aux scénaristes, Claude Pinoteau et Danièle Thompson, de rappeler ce qu'est un couple. C'est après une séquence durant laquelle François, qui a été invité à vivre ailleurs depuis qu'il a avoué son infidélité, est allé chercher Vic qui avait fait le mur qu'il affirme à sa femme qu'une enfant a besoin d'une autorité masculine au sein d'une famille unie.
Toutes les libertés présentées durant le film sont vécues par chacun des protagonistes adultes. Et tous en reviennent. Poupette qui clame haut et fort son indépendance se fait rabrouer par François qui lui lance qu'elle n'a pas été capable de garder "un mec" dans toute sa vie. Au lieu de se fâcher, elle le remercie d'oser lui dire une vérité, ce que plus personne ne fait vu son grand âge!

C'est toujours Poupette qui pousse à la fois Vic à retrouver Mathieu à Deauville tout en lui faisant comprendre qu'il ne faut pas coucher, parce que parfois, des "enfants ont des enfants". François lui-même a pris ses libertés avec une maîtresse-tigresse et a joué à l'adolescent en trouvant des stratagèmes pour mentir à sa femme et lui cacher ses frasques. Mais c'est lui qui avoue tout, accablé par le poids des responsabilités qu'il a vis-à-vis de sa femme. Elle-même trompe François et envisage de partir avec son amant au Maroc. Mais elle y renonce pour des raisons multiples que le spectateur comprend forcément: le remords d'abandonner son mari qui lui a tendu la main, celui de briser une famille et avec elle, de nuire à Vic et puis surtout, celui de céder à un amour de passage plutôt que de réparer son amour. Ces interprétations sont laissées aux spectateurs qui choisira une ou plusieurs de ces solutions.

Le réalisateur ne laisse d'ailleurs pas vraiment le choix au spectateur. Dès le début du film, il utilise des séquences dans lesquelles les dialogues sont inaudibles. La première fois, cela correspond à la présentation d'une famille unie avec éclats de rires et bonheur à l'image entre les deux époux. Puis il y a recours quand François vient dire la vérité à Françoise. Encore une fois quand Françoise rencontre  Eric, le professeur d'Allemand, au cinéma puis l'accompagne on ne sait où. C'est encore ce procédé qui est utilisé quand elle abandonne Eric à l'aéroport alors même qu'elle allait partir avec lui. C'est enfin la même chose quand elle rentre de l'aéroport et découvre son mari dans leur restaurant fétiche et que le spectateur comprend que tout va redevenir comme avant...ou presque.
Ces séquences sont destinées aux adolescents à qui on fait comprendre que ce qui concerne la vie intime des adultes n'est pas à être livré aux enfants et adolescents. Elles sont aussi destinées aux parents qui comprennent que l'absence de mots n’empêche pas les jeunes de comprendre les situations intimes par leur comportement.
Et à ce même moment, Vic organise sa boum, chez elle. Et Mathieu est là. Elle danse avec lui sur la chanson Reality de Richard Sanderson, chanson qui aura servi de bande son de tout le film. Vic est heureuse. Mais elle voit arriver un autre garçon, plus beau, dont on comprend qu'elle en tombe déjà amoureuse.

Conclusion
La boum est donc destiné à deux publics. Aux adolescents qui peuvent se reconnaître dans la vie de Vic et de ses camarades avec des nouvelles relations avec leurs parents, moins strictes qu'avant et avec davantage de libertés. Aux adultes qui peuvent se comporter comme des enfants, surtout les hommes, avec des mensonges et cachoteries coupables. Mais si la morale pour chacun semble différente, chacune constitue le côté d'une même pièce. Pile, la morale pour les jeunes dont l'insouciance est une réalité et peut-être un moyen pour grandir. Vic peut rêver être amoureuse éperdument jusqu'à en faire des bêtises. Mais elle peut tomber amoureuse d'un autre garçon tout aussi vite. Cette liberté est rendue possible par l'absence de responsabilités qu'elle peut avoir vis-à-vis d'autres personnes. Elle n’engage qu'elle. Face, la morale des parents est conditionnée au sens des responsabilités dont ils doivent faire preuve. La liberté, c'est bien, sauf quand elle aboutit à la destruction d'un lien plus fort: la famille. En ce sens, ce film fait autant l'apologie des libertés que de l'idéal familial.
Nous sommes en 1980, moins d'un an avant l'arrivée au pouvoir de François Mitterrand. Et si le film a fait un carton, c'est pour la fraîcheur de ses interprètes et par un discours assez conventionnel qui séduit le temps d'un spectacle. Mais il ne répondait en rien à une réalité sociale bien différente pour les François de 1981: flambée du chômage, début des violences dans les banlieues, concentration des populations immigrées dans ces quartiers. Toutes ces questions étaient absentes du film qui ne pouvait toucher que dans ce qu'il y avait d'éventuellement sociétal, comme le divorce. Mais rien dans une approche sociale.
Avec l'accentuation du chômage et de la crise, l'arrivée du SIDA, d'autres films allaient évoquer bientôt une autre jeunesse, désenchantée, vraiment rebelle, mais toujours en quête de reconnaissance. Mais cela n'enlève pas à La boum ses qualités, celle d'un film dans la queue de la comète des Trente glorieuses. En tout cas rien de comparable avec cette horreur de LOL déjà évoqué dans ce blog, qui reprend les recettes du film de Pinoteau et dont le succès ne me lasse pas de m'interroger!

A bientôt

Lionel Lacour

dimanche 13 mai 2012

Le Happy end: une notion très importante pour comprendre une société

Bonjour à tous,

très régulièrement, les spectateurs de films évoquent, parlent ou critiquent les "happy end" des films. Ce terme est ce qu'on appelle un faux ami. En traduisant littéralement, cela donne donc "une fin heureuse, joyeuse". Cette traduction correspond souvent à la réalité de la traduction, avec des films divers et notamment des films pour la jeunesse dont l'objectif serait de fixer sur pellicule (ou numérique maintenant!) la morale de la société. Le film La boum de Claude Pinoteau en 1981en est un exemple, même si la famille présentée était déjà différente de celle modèle des années 1960 en France. Pourtant, cette expression est plus complexe qu'il n'y paraît. Quand le code Hays fut mis en place, le "happy end" ne correspondait pas seulement à terminer un film par une fin "heureuse"mais à une fin morale, c'est-à-dire à une fin dont les représentants de l'ordre, de la morale et du bien l'emportaient sur les autres, les bandits, les dépravés et autres contrevenants aux bonnes moeurs. Cette approche permet alors de mieux saisir l'évolution des sociétés quant à ce qui est représentable ou non.

Respecter le "happy end": pourquoi?
Que ce soient l'URSS ou les USA, la France ou d'autres pays européens, tous ces pays ont eu une production cinématographique qui a suivi cette règle du "Happy end", forcée par la loi, par la règle ou par l'usage. Bien évidemment, les films soviétiques ne pouvaient finir autrement que par une valorisation du modèle communiste dans la séquence finale. La liste des films est assez pléthorique pour n'en citer que quelques uns, du Cuirassé Potemkine en passant par tous les autres chefs-d'oeuvres des années 1920 au film Les moissons et autres films de pure propagande des années staliniennes et de ses successeurs. Le cinéma hollywoodien ne fut pas en reste. Le code Hays des années 30, le soutien des majors durant la seconde guerre mondiale puis la guerre froide, et notamment pendant le maccarthysme, ont eu pour conséquence de voir triompher le bien défini par l'establishment le plus souvent puritain et anti-communiste.
En France, le cinéma n'est pas beaucoup moins éloigné de cette ligne du respect de l'ordre dans ses films. Les gangsters se font tuer ou arrêter par les policiers. Et si parmi ces derniers il y a des traîtres, nulle rédemption possible. Un flic pourri n'est pas récupérable.
Le respect du "happy end" classique dans les films est donc un signe évident du respect d'un ordre établi et des valeurs qu'il est sensé représenter pour la société. Au contraire de la littérature, le cinéma est jugé comme étant plus nécessaire à contrôler dans le message qu'il véhicule. La nature même de la création cinématographique permet davantage de contrôle que pour d'autres créations artistiques. Le financement provenant de sociétés privées ou d'Etat, celles-ci veillent scrupuleusement à ce que le message ne soit pas subversif, ou en tout cas, le moins contraire à ce qui correspond à leurs valeurs.
Nombre de films qui ont pu apparaître comme des contestations de l'ordre établi ne font cependant que conforter cet ordre par un "happy end". Parmi les films les plus célèbres dans ce cas se trouve Metropolis dont la fin contraste singulièrement avec le discours global du film. Le patron de l'entreprise finit bien par serrer la main du mouvement contestataire ouvrier, laissant augurer un avenir meilleur sans remettre finalement en cause l'ordre établi.

Curd Jurgens veut Brigitte Bardot dans son lit,
mais elle est mariée à Jean-Louis Trintignant.
Un scénario torride pour une fin malgré tout très morale!
Plus récemment, Et dieu créa la femme si provocateur avec la dans frénétique de Brigitte Bardot se finit malgré tout dans un retour à l'ordre marital classique.

Même dans le film Le cave se rebiffe en 1961 dont les héros sont des truands faisant de la fausse monnaie, le "happy end" est en quelque sorte sauvé. En effet, si deux d'entre eux réussissent à récupérer l'argent - vrai - en échange de celui qu'ils ont imprimés - et donc faux! - le film se finit tout de même par un carton rappelant que tous les protagonistes de l'histoire furent arrêtés par la police!
Il est donc évident que le cinéma, même "libre" de pression d'Etat, est un art dont la propension à remettre en cause des valeurs d'ordre public ou morales est assez conditionné à une évolution tendancielle de l'opinion publique. Les films - et même les séries - destinées aux adolescents peuvent de prime abord être perçues comme contraires à la morale et aux représentations traditionnelles du respect des valeurs notamment familiales. Or il est très rare que la morale de ces films - et donc de ces séries - ne revienne pas à un retour vers un ordre établi, quitte à voir les parents ou les institutions mises en causes dans le film faire un pas vers les jeunes. C'est peut-être ce qui amènera au qualificatif de progressiste!
Le "happy end" au sens du respect des valeurs de l'ordre public traditionnel est donc un élément identifiant fort pour analyser une société, les valeurs qui l'animent et les marges d'évolution possible.

Les deux vagabonds héros du film Les temps modernes
de Charlie Chaplin
Quand le "Happy end" n'est plus respecté...
Le cinéma, même américain, n'a pas attendu la fin du code Hays pour remettre en cause l'ordre établi et encore moins pour finir par une absence de "happy end". En 1937, Chaplin dans Les temps modernes  n'était-il pas beaucoup plus subversif que Fritz Lang dans la conclusion de son film. Quand Fritz Lang faisait se serrer les mains du patron et de l'ouvrier, Chaplin fait errer les deux amants vagabonds et clochards rejetés de la société à laquelle ils aspirent pourtant dans une séquence mémorable. Pas de "Happy end" ici puisque l'ordre établi et les valeurs du modèle américain sont clairement dénoncés. Loin de permettre à tous de pouvoir devenir quelqu'un, le modèle américain vu par Chaplin est un modèle qui exclut les plus modestes de l'illusoire "rêve américain". Le film fut néanmoins un succès, peut-être parce que Charlot était un marginal pour la société américaine et que finalement, il n'était pas un personnage dans lequel l'Américain moyen pouvait vraiment se projeter.
Ce ne fut pas le cas dans le film de Renoir La règle du jeu. En 1939, le film explose la société française, montrant qu'elle reste une société hiérarchisée malgré la république et que les valeurs qui l'animent sont finalement loin d'être une réalité. L'antisémitisme touche tout le monde, y compris le petit personnel! Mais surtout, alors qu'il y a eu un meurtre, celui-ci sera finalement couvert par un témoignage affirmant que ce fut un accident. Ainsi, l'ordre public ne pouvait être rétabli puisque le crime n'était pas puni, sous couvert de tas de bonnes raisons soi-disant morales elles-mêmes. C'est bien ce que dénonçait d'ailleurs le réalisateur. Les personnages incriminés, les héros du films auxquels les spectateurs s'étaient attachés s'en sortaient, ce qui pouvait constituer un "happy end" au sens commun mais pas au sens réel. Les spectateurs français étaient donc mis face à une réalité dans laquelle ils pouvaient certainement se projeter, il suffit de se souvenir de la tirade de Jean Renoir affirmant que tout le monde mentait depuis 1936, mais à laquelle ils ne pouvaient pas adhérer. Accepter cette fin, c'était accepter ce que disait le film. Que le criminel, le fut-il par accident, soit arrêté et condamné, aurait conforté les spectateurs dans l'illusion de leur société. Le film fut un échec malgré ses qualités indéniables. Mais la remise en cause du "happy end" n'était pas acceptable. Pas encore.
Les échecs, ou les succès, des films ne s'explique pas seulement par le respect ou non du "happy end". Le non respect de ce dernier doit, pour être accepté, renvoyer à une forme proche de la parabole, comme peut l'être Charlot, ou bien correspondre à une évolution de la société à qui est destiné le film.

La fin du "happy end"?
Il est de coutume de dire que le premier film américain à ne pas avoir respecté le "happy end" est le film Guet apens de Sam Peckinpah avec Steve Mc Queen et Ali Mc Graw. Ces hors la loi, poursuivi par la police réussissent à s'en sortir s'en avoir à rendre des comptes à la justice. Depuis ce film, le cinéma américain n'a plus été inhibé, concluant régulièrment par des fins dans lesquelles des personnages ayant agi en contradiction avec l'ordre établi n'ont pas été inquiétés par ce dernier, voire ont pu prospérer. C'est par exemple le cas du héros de Impitoyable de Clint Eastwood en 1992 qui après avoir tué plusieurs individus devient un homme d'affaire, c'est tout du moins ce que dit le carton final du film.
Du côté français, le non alignement sur le "happy end" classique s'observe aussi dans bien des films. Yves Boisset, dans Dupont Lajoie en 1975 ou dans Le prix du danger renonce au "happy end" de manière très déconcertante. Dans le premier cas, le violeur d'une jeune fille interprété par Jean Carmet laisse s'organiser et même participe à une ratonnade sur des travailleurs immigrés clandestins accusés d'avoir perpétré ce crime. Il s'en sort impuni par la justice française. La séquence finale voit un des rescapés du lynchage venger son frère en tuant le vrai violeur. Ce crime ne peut être impuni non plus. Mais en finissant sur ce meurtre, Boisset ne prône pas la légitime défense mais dénonce le racisme et une société qui est incapable de faire respecter l'ordre, couvrant des crimes croyant maintenir un ordre social mais générant une violence incontrôlable. Dans Le prix du danger en 1983, c'est une chaîne de télévision qui crée un jeu dans lequel les participants acceptent d'être des chasseurs ou d'être chassé contre un pactole. Le film dénonce bien évidemment les dérives possibles de la télévision. Mais surtout, et alors que des meurtres sont perpétrés, les règles du jeu dénoncées et les tricheries démasquées, le candidat interprété par Gérard Lanvin est finalement mis en hôpital psychiatrique. Le jeu télévisé est quant à lui maintenu et même développé sans que les autorités de l'Etat n'interviennent. Cette absence de "Happy end" était plus acceptable pour la société que pour La règle du jeu car le film se voulait être de l'anticipation dans un pays imaginaire. La morale contraire à la morale de l'ordre établi était acceptable car elle ressemblait finalement à celle d'un signal d'alarme contre une telle évolution de la télévision et pour laquelle la majorité des spectateurs pouvait se sentir impliquée en refusant justement une telle dérive.
D'autres films ont eu ensuite une morale sans "happy end" parmi lesquels La haine de Mathieu Kassovitz, sorti en 1995. La fin était terrible, annoncée dès la première séquence. Un policier tue un jeune de banlieue par accident mais après avoir voulu lui faire peur avec son revolver. Le héros temporisateur du film pointe alors d'une arme le policier qui tend la sienne à son tour. Le film se finit sur une double détonation, sans image. Quel "happy end"? Le policier "assassin" est certainement tué mais c'est certainement lui qui a aussi tué son meurtrier. Kassovitz nous présente une société violente dans laquelle il n'exonère pas les jeunes des banlieues mais dont les causes viennent aussi, et peut-être surtout d'institutions qui ne savent pas répondre à la situation sociale des habitants des banlieues.

"Happy end" et "happy end": la question de l'empathie
Si le "happy end" est plutôt la règle dans les films, celui-ci doit donc se distinguer par plusieurs formes. Le "happy end" conventionnel dans lequel les héros représentent le bien et la morale l'emportent sur ceux qui n'agissent pas en conformité avec l'ordre établi et qui sont punis. C'est le principe de Robin des Bois ou de Zorro. D'autres films peuvent laisser l'illusion d'un "Happy end" parce que les héros du film réussissent alors même qu'ils sont des bandits. Les tontons flingueurs relèvent de ce registre, comme Guet apens cité plus haut.
Enfin, vous avez des films dont les héros sont des hors la loi ou des êtres foncièrement mauvais mais qui, par le récit et la mise en scène, génèrent en vous une certaine emapthie. C'est le cas de Bonnie and Clyde, Easy rider  et même plus récemment La chute dans lequel le personnage de Hitler a une approche plus humaine qu'abituellement. Pourtant, la fin les condamne, dans les cas cités par la mort, respectant le principe du "happy end".
Il se peut parfois que deux "happy ends" soient possibles. C'est le cas des Contrebandiers de Moonfleet de Fritz Lang. Ce dernier voulait que son héros, Mr Fox interprété par Stewart Granger laisse un jeune héros en mourant sur une embarcation en pleine mer. Fox était un trafiquant et en mourant, il était finalement puni par une morale supérieure à laquelle il se soumettait, laissant le jeune garçon désormais libre. Le "happy end" était dans la morale même si le héros pour lequel le spectateur avait de l'empathie devait mourir. Les studios l'obligèrent à réaliser une autre fin en ajoutant une séquence dans laquelle le jeune garçon qui a hérité de la propriété de Fox, annonce qu'il attend le retour de son ami, une sorte de père de substitution. Avec cette fin, le "happy end " est différent. Il laisse planer un suspens sur la mort de Fox. Mais surtout, il consolide l'idée très conservatrice d'une cellule familiale forte, fut-elle adoptive, liant le fils à son père, le tout adossé à une logique patrimoniale. Cela fut imposé par les studios à Fritz Lang qui fit de son film celui qu'il détesta le plus de son oeuvre!
Le "happy end" a donc une véritable fonction pour le réalisateur. Il est le garant d'un ordre établi, qu'il soit celui de la famille ou de la société. Rompre avec cet ordre ou le remettre en cause, c'est le témoignage que celle-ci est en mutation et dénonce cet ordre, soit qu'il ne corresponde plus aux aspirations de la population soit parce que l'institution censée faire respecter cet ordre est défaillante.

L'historien, le sociologue, le politique et tous ceux qui doivent analyser l'évolution de la société et consulter son poul devraient parfois prendre conscience que le respect ou le non respect d'un "happy end" dans certains films est souvent révélateur d'une réalité de la société dont la mutation doit être prise en compte pour apporter soit une analyse pour les uns, soit une solution politique pour les autres. Cela peut valoir bien des sondages sur l'état de la société!

A bientôt


Lionel Lacour

mercredi 9 mai 2012

Censure et Cinéma aux 5èmes Rencontres Droit et Cinéma de La Rochelle

Bonjour à tous,

je me fais aujourd'hui le relais d'une manifestation de très grande qualité se déroulant à La Rochelle pour la 5ème édition déjà. Ce sont également des Rencontres Droit et Cinéma mais, à la différence de celles que j'organisent à Lyon, abordant le sujet selon un angle thématique.
Si vous êtes du côté de La Rochelle, ne manquez pas ces conférences et projections!

CENSURE ET CINEMA
Vèmes RENCONTRES DROIT ET CINEMA
 (programme provisoire)
La Rochelle, Les 29-30 JUIN 2012
                                                         Salle de l’Arsenal, place J.-B. Marcet, face au Carré Amelot

VENDREDI 29 JUIN
9h30 Accueil des participants
10h Allocutions de bienvenue

I - HISTOIRES DE CENSURE
10h30 - 12h sous la présidence de Gilles Menegaldo, professeur de littérature américaine et cinéma, Université de Poitiers
-         Fantômas et la censure dans les films de Louis Feuillade par Annabel Audureau, docteur en littérature comparée, enseignante et expression et communication à l’IUT de La Rochelle, Université de La Rochelle
-         The Rise and Fall of Free Speech in America : le code et l’autocensure du cinéma classique hollywoodien par Chloé Delaporte, ATER au département cinéma et audiovisuel, Université Sorbonne nouvelle-Paris 3
-         Réflexions sur la censure cinématographique à partir du Prête-nom de Martin Ritt (Etats-Unis, 1976) par Jacques Viguier, professeur de droit public, Université de Toulouse 1 Capitole, IDETCOM
-         Débat

II - LA CENSURE DANS TOUS SES ETATS  (1ère partie)
14h - 15h30 La censure en  France
Sous la présidence de Françoise Thibaut, professeur des universités, correspondant de l’Institut
-         Claude Bernard-Aubert ou l’art de fâcher les censeurs par Delphine Robic-Diaz, maître de Conférences en études cinématographiques, Université Paul Valéry Montpellier 3
-         Mesurer le rendement censorial, la conflictualité professionnelle et la transgression cinématographique (France, 1945-1975) par Frédéric Hervé, doctorant en histoire, Université de Paris 1
-         La violence cinématographique, nouvelle censure en France par Albert Montagne, docteur en histoire, rédacteur aux Cahiers de la cinémathèque et intervenant au pôle régional d’éduction à l’image Languedoc-Roussillon
-         Débat
15h30 - 16h Pause café
16h - 17h15 La censure en Europe
Sous la présidence de…
-         Die Sünderin/Confession d’une pécheresse (de Willi Forst, All., 1951) : cinéma, morale, ordre public, et la garantie constitutionnelle allemande de la liberté artistique par Thomas Hochmann, docteur en droit public de l’université Paris I Panthéon Sorbonne, post-doctorant au Centre Perelman de philosophie du droit, Université Libre de Bruxelles, chargé de cours aux universités Libre de Bruxelles et de Mons
-         The Life of Brian (de Terry Jones, Grande-Bretagne, 1979) des « Monty Python » : hérétique ou simplement humoristique ? par Brigitte Bastiat, docteure en sciences de l’information et de la communication, PRCE d’anglais, Université de La Rochelle, membre associé du CRHIA et du Centre d’études irlandaises de Rennes 2 et Frank Healy, maître de conférences en anglais (CIEL), Université de la Rochelle
-         Débat

18h45 : Cocktail à la boutique Cinématouvu (10 rue de la Ferté, La Rochelle)
20h : FILM d’ouverture du Festival International du Film de La Rochelle

SAMEDI 30 JUIN
II - LA CENSURE DANS TOUS SES ETATS (2nde partie)
9h30 – 10h50 La censure dans le monde (1ère partie)
Sous la présidence de Xavier Daverat, professeur de droit privé, Université Montesquieu Bordeaux IV
-         Le charme discret de la censure au cinéma en République Populaire de Pologne entre 1953 et 1981 par Katarzyna Lipinska, doctorante en sciences de l’information et de la communication, Université de Bourgogne, réalisatrice audiovisuelle et monteuse
-         A l'épreuve de la censure : His Girl Friday et le bureau de Censure des vues animées de la Province de Québec par Jérémy Houllière, doctorant en études cinématographiques, Universités de Montréal et Rennes 2
-         La classification des œuvres cinématographiques : une atteinte à la liberté d'expression ? par Louis-Philippe Gratton,  doctorant en droit public, ATER, Université de Toulouse 1 Capitole
-         Débat
10h50 - 11h05 Pause café
11h05 – 12h La censure dans le monde (2nde partie)
Sous la présidence de…
-         Voyage au bout de la censure : La dernière tentation du Christ. De Kazantzakis à Scorcese par Lampros Flitouris, maître de conférences histoire européenne,  Université d'Ioannina et chargé de cours à l’Université Ouverte de la Grèce (Open University), membre associé au Centre d’histoire culturelle des Sociétés contemporaines de l’Université Versailles Saint Quentin
-         No Sex in this City : Hollywood face à la censure au Moyen-Orient par Nolwenn Mingant, maître de conférences en civilisation américaine, Université Sorbonne nouvelle-Paris 3
-         Débat

III - IDEOLOGIE(S) DE LA CENSURE
14h - 15h40 Sous la présidence de…
-         Le cas de M. de Fritz Lang par Sylvain Louet, professeur agrégé de lettres modernes au lycée Montaigne, Paris
-         Censure et sexualité : enjeux politiques et esthétiques. Analyse de quelques longs métrages en France et aux Etats-Unis depuis les années 1950 par Alain Brassart, docteur en études cinématographiques, chargé de cours à l’Université Charles de Gaulle-Lille III
-         Filmer la censure : The People vs Larry Flint (de Milos Forman, E-U, 1986) par Jean-Baptiste Thierry, maître de conférences en droit privé, Université de Nancy 2, Institut François Gény
-         Deux antipodes de la figuration du bonheur au travail dans les films français : de l’autocensure au plaidoyer par Lucile Desmoulins, maître de conférences en sciences de l’information et de la communication, CNAM DICEN, Université Paris-Est IFIS
-         Débat

15h40 - 16h Pause café

16h - 17h30 Table ronde : La censure : quelle actualité ? animée par Eve Lamendour, maître de Conférences en sciences de gestion, CEREGE LR-MOS, Université de La Rochelle

Avec : Patrick Brion, historien du cinéma, responsable du département cinéma de France 3, créateur et animateur du Cinéma de minuit (sous réserve)
          Daniel Serceau, professeur d’esthétique du cinéma, Université Paris I Panthéon-Sorbonne (sous réserve)
          Gauthier Jurgensen, membre de la commission de classification des œuvres   cinématographiques, assistant d’édition aux Editions Montparnasse, chroniqueur cinéma sur Canal Académie
          Victor Bashiya Nkitayabo, réalisateur-scénariste, directeur technico-artistique à la   Radio Télévision Nationale Congolaise (sous réserve)
              Cécile Ménanteau, directrice du Katorza, Nantes (sous réserve)

18h45 : Cocktail à la boutique Cinématouvu (10 rue de la Ferté, La Rochelle)          
20h : FILM dans le cadre du Festival International du Film de La Rochelle

samedi 5 mai 2012

Le Forum des images - Mai 2012

Bonjour à tous,

une fois n'est pas coutume, je vous propose de découvrir une programmation à laquelle je ne participe pas, ni de près ni de loin mais qui mérite le détour.
Le forum des images est en effet organisé à Paris depuis bien longtemps déjà et offre au public une approche cinématographique variée faisant du film une clé de compréhension du monde dans lequel nous vivons.
J'insisterai surtout sur la programmation intitulée "Paris vu par Hollywood" dont l'intérêt évident est de voir comment les Américains se représentent une ville chargée de symboles historiques, ville dont les grands moments historiques ont souvent abouti à des messages que certains, à tort ou à raison, ont prétendu être universels.

Je vous laisse découvrir tout le programme sur le site du forum des images et vous invite à découvrir ces moments forts, notamment avec Denis Podalydes dans une master class ou avec l'historien du cinéma Antoine de Baecque.

Très bon Forum des images à Paris et à très bientôt.

Lionel Lacour

mercredi 18 avril 2012

La publicité twingo: radioscopie de la jeunesse d'aujourd'hui

Bonjour à tous,

une fois n'est pas coutume, je vais vous proposer l'analyse d'une publicité récente. En effet, et la lecture des différents commentaires qui sont sur les fameux sites qui permettent de voir des vidéos en streaming le prouve, les publicités génèrent des réactions très intéressantes, preuves que les spectateurs de ces spots comprennent qu'on leur vend autre chose qu'un produit. L'image, la mise en scène et la petite histoire sont aussi pour nous raconter, soi-disant, ce que nous serions si nous achetions ce produit, et donc ici cette voiture: une Twingo Renault. Vous pouvez donc voir ou revoir cette publicité sur ce lien:

http://www.youtube.com/watch?v=e1zqXWKNHO8

Maintenant analysons en effet le message.

A qui est destinée cette publicité?
Le message pourrait être confus. En effet, vous avez deux générations dans la même voiture: une mère et sa fille. Dans d'autres spots, c'est même la grand-mère et sa petite fille! Bref, revenons en au spot étudié. En réalité, le spot s'adresse vraiment à la conductrice car elle seule conduit la voiture. Sa fille n'a pas d'autre objectif que de l'associer à sa jeunesse. Sauf qu'en partageant quelque chose qui caractérise les jeunes d'aujourd'hui, cela fait des conducteurs, et ici conductrices, des personnes jeunes et donc forcément ouvertes d'esprit. Forcément, elle aussi a un tatouage.
Et à bien y regarder, le message semble assez efficace car les twingos neuves sont surtout achetées par des adultes de plus de 30 ans. Les twingos achetées par des plus jeunes sont souvent des voiture d'occasion! D'autres véhicules du même segment attirent davantage les jeunes: mini, fiat 500 par exemple.

Que dit cette pub sur les mères?
Cette publicité valorise la génération des "parents". En effet, si cette publicité met en scène une pratique culturelle de la jeunesse actuelle, c'est bien sûr dans un premier temps pour rappeler que cela peut choquer une partie des aînés. Il suffit de voir ou d'entendre certaines réactions sur ces pratiques de tatouages, pratiques autrefois associées aux repris de justice, ou aux pirates (mais ceux-ci étaient plus rares au XXème siècle!). On pourrait dire la même chose de la pratique du percing qui s'est propagé dans le temps et dans le corps durant ces deux dernières décennies. Il y a donc bien dans un premier temps une volonté de montrer cette jeune fille comme une personne de son temps qui cherche à se démarquer de sa mère, soit symboliquement la génération précédente. Et l'effet est obtenu. Il est certainement aussi celui d'un grand nombre de mères découvrant le tatouage de leur fille dans le bas du dos.
Sauf que le (mini) coup de théâtre survient quand nous comprenons que la mère est en colère non pas à cause du tatouage, mais à cause de la qualité du tatouage. Elle-même en a un, situé au même endroit, mais forcément mieux. "Ça, c'est un tatouage!" La mère fait donc partie d'une génération qui a su rester jeune.
Avoir une twingo, c'est donc avoir une voiture apparemment sage mais pour une population qui est encore jeune et qui le montre!

Ce que dit vraiment cette publicité!
Ce spot est un résumé de ce que vivent les jeunes Français aujourd'hui à qui les générations précédentes ne  laissent aucune possibilité d'émancipation. Grands-parents issus de Mai 68 et parents nés après 68 ont été bercés par l'idée que leur génération avait bousculé l'ordre établi pour les premiers, ou éduqués dans cette mythologie pour les seconds. Avec l'augmentation de l'espérance de vie et surtout l'amélioration des conditions de vie qui font qu'un homme ou une femme de 60 ans n'est plus forcément un vieillard, les différences entre générations se sont estompées. Aurait-on imaginé voir une actrice de plus de 40 ans être présentée comme sex symbol dans les années 1960? Bien sûr que non. C'est pourtant ce que l'on dit de Monica Belluci ou de Jennifer Aniston. Il y a donc un gommage des différences inter-générationnelles qui valorise les plus âgés tout étonnés d'apparaître encore comme séduisants et dynamiques. Mais cela a pour effet une dévalorisation des générations plus jeunes.
La pub Twingo dit bien cela. "tu crois être rebelle par un tatouage? Tu ne seras pas plus rebelle que moi et en plus le mien est plus beau." Ce qui est oublié, c'est qu'il est aussi plus cher car le petit tatouage de la fille est forcément moins cher que le grand de sa mère. L'effet est assez inhibant pour les jeunes qui ne peuvent pas se démarquer de leurs parents: plus riches, plus rebelles, plus provocateurs que leurs enfants.
La symbolique de ce tatouage est également sexuelle car son positionnement est évidemment fait pour être vu par d'autres personnes que celle qui le porte. A commencer par le partenaire sexuel. Dans ce cas, le petit ami de la fille, le compagnon (mari ou pas) de la mère. Le message est le même que précédemment. La mère signifie à sa fille qu'en terme de liberté sexuelle, les jeunes n'ont rien à apprendre aux parents qui ont fait la révolution sexuelle à partir de 1968. Les films qui évoquent ce grand moment de liberté sexuelle sont nombreux comme Milou en mai  de Louis Malle. Plus provocateur encore, le grand tabou de la sexualité des parents est désormais effacé et exprimé ostensiblement aux jeunes et aux enfants. Les parents ont une sexualité, ce que les enfants savent naturellement mais qu'ils occultent. Mieux, ces parents affichent leur sexualité, ce qui est une autre manière d'inhiber un peu plus les enfants.

Une telle publicité peut faire bondir par le message qu'il véhicule. Le spot peut faire sourire les parents qui se reconnaissent dans cette mère et hurler ceux qui refusent justement cette posture de ces générations de parents qui veulent faire plus jeunes que les jeunes. Le plus étonnant, c'est que des jeunes se laissent prendre au seul humour et ne réalisent pas que c'est bien leur histoire qui est racontée. En réalité, le spot est une merveilleuse analyse de ce qui leur arrive. Ils ne sont que des suiveurs. Ce qu'ils peuvent imaginer pour se démarquer de leur parents a déjà été fait par leurs parents et en mieux. Impossible de faire mieux qu'eux, d'être plus imaginatifs qu'eux, d'être plus libres qu'eux. Pas étonnant qu'ils n'arrivent pas à trouver autre chose que des stages plutôt que des emplois. Les générations qui les précèdent ne cessent de leur dire qu'ils ne pourront jamais être mieux qu'eux. Donc pourquoi leur donner des CDI puisqu'ils seront toujours moins bien que les générations qui les précèdent.
Si la publicité Twingo est de fait un manifeste de la supériorité des générations des plus de 40 ans, il devrait être un appel à l'émancipation des jeunes, diplômés ou pas, contre le diktat de ceux qui les empêchent de s'émanciper! Faisant partie de la génération des "castrateurs", ce n'est pas un appel auto-destructif mais juste un appel à la prise de conscience qu'on ne peut pas indéfiniment empêcher des générations d'accéder à des fonctions dans des conditions stables sans qu'un jour le retour de bâton ne soit terrible.

Vous aurez donc compris, vous voulez laisser à la jeunesse une possibilité de se démarquer de plus anciens, ne faites pas comme elle, ne vous faites pas tatouer. Et surtout, ne roulez pas en twingo!

A bientôt

Lionel Lacour

mercredi 11 avril 2012

Ma part du gâteau: A mort les traders

Bonjour à tous,

lors des troisièmes Rencontres Droit Justice Cinéma de Lyon, une conférence était proposée en clôture avec le thème suivant:
Droit Justice et Cinéma face aux crises.
A partir de nombreux extraits de films, des échanges avec des juristes ont permis de voir comment le cinéma relatait le fonctionnement de la justice et du droit en période de crise. Mais surtout, il a été remarqué qu'un autre droit pouvait parfois être proposé par les cinéastes qui préféraient la légitimité à la légalité.
Dans le film de Cédric Klapisch, la situation est particulièrement intéressante.


1. Une fable plutôt qu'un film réaliste
Le scénario ancre l'histoire dans un réalisme terrible en mettant en situation des employés d'une entreprise de Dunkerque dont le sort est lié à la mondialisation et à la délocalisation que cette dernière semble imposer. Si l'opération a pour conséquence de licencier massivement les employés de l'entreprise, elle permet l'enrichissement de traders dont celui à l'initiative de la spéculation sur la faillite de la dite entreprise, provoquant le chômage de ses employés.
L'une d'entre eux, Karin Viard, doit élever ses enfants alors qu'elle est divorcée. Elle trouve un emploi de femme de ménage à Paris pour un trader odieux interprété par Gilles Lellouche qui s'avère être celui qui a coulé l'entreprise pour laquelle elle travaillait. Mais elle n'en sait rien.

Après le choc culturel et économique entre ces deux personnages, ceux-ci semblent finalement se plaire, le trader étant présenté comme finalement un peu plus humain que ce que nous pouvions imaginer. Jusqu'à un voyage en Angleterre durant lequel, après avoir couché avec sa femme de ménage, le trader réalise qu'elle vient de Dunkerque et qu'elle travaillait pour l'entreprise qu'il a contribué à ruiner. Il le dit avec désinvolture sans réaliser le désastre humain qu'il a engendré, à commencer par son employée. Celle-ci décide alors d'enlever le fils du trader et de l'emmener à Dunkerque afin de forcer le trader à venir face à ceux qui ont été licenciés par sa faute.
Je passe les différents détails assez risibles du film qui relève parfois de la comédie lourde plutôt que du film réaliste. Qu'une licenciée de Dunkerque trouve du travail à Paris chez LE trader qui a coulé son sentreprise, c'est déjà fort. Entendre le trader hurler par téléphone qu'il s'est baisée la bonne alors qu'il est sur la terrasse de sa chambre, au premier étage de l'hôtel, au-dessus de l'entrée de celui-ci et bien sûr juste au moment où Karin Viard sort de l'hôtel ne manque pas d'étonner quant au discours du film qui se veut une fable sociale.
Les invraisemblances sont légions. Cela ne serait pas si grave si, comme dans les films du réalisme poétique de Marcel Carné, il y avait justement de la poésie. La situation de Jean Gabin dans Le quai des brumes n'est pas très réaliste non plus. Mais il n'y a pas de ridicule dans les relations humaines. Le film de Klapisch n'a rien de poétique. Ce n'était pas son propos. Mais il n'est pas réaliste non plus tant les situations relèvent parfois de la comédie de boulevard ou de café théâtre.
Alors soit, le film est une fable jouant sur l'exagération des situations, une comédie à l'italienne. Attendons la morale de la fable.

2. Les petits contre les puissants
Revenons donc à la situation finale.
Karin Viard, la gentille employée baffouée a enlevé le fils du méchant trader Lellouche. Le deal est clair: il vient récupérer son fils à Dunkerque sans prévenir la police. Et que fait-il ce salaud? Il appelle la police. Klapisch est malin. Il nous a montré au préalable que ce père se désintéressait totalement de son fils avant que la gentille Karin Viard ne lui explique qu'il fallait s'occuper de lui. Donc là, le voir s'inquiéter pour son fils, quelle supercherie! Forcément, il n'a pas le droit moral d'appeler la police puisqu'il ne s'occupe pas bien de son fils! CQFD.

Bon, la police arrête Karin Viard qui assiste, avec le fils de l'autre, à un spectacle de danse auquel participe une de ses filles en présence de tous les licenciés de l'usine fermée. Ah! les "prolos" qui se tournent vers la culture quand tout va mal! Karin Viard est embarquée et mise dans le "panier à salade" de la police venue avec deux autres véhicules puisque c'est une dangereuse enleveuse d'enfants, le tout devant le trader, sa copine forcément belle et futile et son coupé mercédès forcément hyper luxueux. Sauf que la plus jeune fille de Karin Viard voit la scène, appelle les spectateurs qui se mobilisent pour empêcher la camionnette de police d'avancer. La fillette désigne aussi le trader comme étant celui qui a causé la perte de leurs emplois.


Et là, devant toute la police médusée et inactive, deux mouvements vont se conjuguer. Le premier est d'empêcher la camionnette de la police d'avancer et d'emmener l'odieuse enleveuse d'enfant qui est bien évidemment une victime de la société comme le film nous l'a bien montré. Ainsi, les hommes et les femmes se mettent devant les véhicule qui ne peut avancer malgré ses accélérations, le tout devant d'autres policiers qui n'interviennent pas.
La deuxième réaction est tout aussi puissante. Quelques uns des chômeurs se voient désigner par la petite fille le trader à l'origine de la faillite de leur entreprise. Celui-ci protège sa maîtresse et son fils dans sa mercedes. Il doit affronter physiquement la colère des ouvriers, et, lâche bien sûr, affirme qu'il n'est pas le seul à avoir permis la liquidation de l'entreprise. Quel trouillard ce trader, lui qui frimait tant en affirmant à sa bonne - maîtresse d'une nuit qu'il était à l'origine de la ruine de sa boîte! Il se prend donc une gifle, tombe à terre, se relève et court. Ou plutôt fuit. Les autres le poursuivent prêts à le lyncher.

Et la police dans tout ça? Elle n'intervient pas.
Après avoir vu Lellouche courir dans la nuit sur la plage de Dunkerque - que va-t-il devenir? - le film se finit sur le visage de Karin Viard, heureuse du soutien de sa famille et de ses anciens collègues, unis pour l'empêcher d'être arrêtée par la police.



3. Une morale nauséabonde
Ainsi donc, le film se termine avec plusieurs idées fortes: on peut enlever un enfant quand sa cause est juste et la police ne doit pas enpêcher cela. En jouant sur la victime de licenciement qui travaille beaucoup pour gagner peu face à un trader qui gagne énormément en nous le montrant travailler peu, Klapisch joue sur du velour. Qui pourrait avoir de l'empathie pour Lellouche. Et même quand il nous le rend plus humain, disons plus sensible, il n'attend pas longtemps pour nous révéler sa vraie nature: un être égoïste et forcément incapable d'aimer. Il ne peut avoir que du mépris pour sa bonne! Le réalisateur met le spectateur dans le principe que l'amour que le trader peut avoir pour son fils n'est qu'une parodie d'amour. Il ne voudrait finalement que se venger de celle qui a osé s'opposer à sa volonté. Son appel à la police est donc présenté comme immoral. Ou plutôt digne de lui. Il ne comprend toujours pas pourquoi cette femme a enlevé son fils alors qu'il est évident qu'elle ne lui veut aucun mal puisque elle est gentille!
Mieux, quand il récupère son fils et qu'il est désigné par la fille de Karin Viard comme étant le trader liquidateur, Klapisch semble valider qu'on a le droit de le frapper. Les ouvriers auraient pu détruire l'objet représentatif de la fortune du trader: la mercédès. Non, ils s'en prennent à lui. La morale est forte. On peut lynché un salaud, un trader. Il y a presque une logique pléonasmique. Un trader est un être à éliminer, à poursuivre. La preuve, la police, pourtant présente en nombre, ne retient pas les lyncheurs ni ne les poursuit. On reste avec un plan de Lellouche courant seul sur la plage sans savoir ce qui va lui arriver. Ce n'est plus l'affaire de Klapisch ni celle des spectateurs. Son sort est déjà réglé.
Quant à celui de l'héroïne, il est voué au triomphe. Elle est celle qui a lutté contre la finance, contre la city. Elle a résisté à l'oppresseur. Elle lui a enlevé son fils et ce n'est pas mal, puisqu'elle est gentille!







Conclusion
Si le film pose de bonnes questions quant à la place de l'individu dans une économie mondialisée symbolisée par les conteneurs transportés sur les cargos, il dérive dans son approche morale qui dépasse la caricature. Klapisch fait valoir la légitimité sur la légalité. Soit. Il ne fut pas le seul. Et Les aventure de Robin des bois de Michael Curtiz ne faisait pas autre chose en 1938. Mais les assassinats de Normands par les hommes de la forêt de Sherwood étaient une parabole qui symbolisaient la violence du combat social durant la grande dépression américaine projetée à la fin du XIIème siècle anglais. Le problème de Ma part du gâteau est qu'il n'y a justement pas de distanciation entre la morale et ce qui est montré. De fait, le discours proposé conduit à accepter non seulement la violence, mais aussi à se substituer à la justice. Le trader s'est conduit en salaud, certes, mais aux yeux de qui? Etait-ce illégal? Et au nom de cela, peut-on tuer cet homme?
Ce qu'il a fait est peut-être immoral mais ce n'est pas illégal. En donnant la possibilité de lyncher un homme plutôt que de s'en prendre au système qu'il représente, le message du film ressemble furieusement à un message extrêmiste conduisant à l'effacement du droit et de la justice et à sa substitution par des comités non élus qui eux sauront éliminer les nuisibles de la société.
Parti avec de bons sentiments et une approche sociale, le film dérive donc vers une morale populiste pour finir par une morale qui n'est pas si éloignée de la morale des régimes totalitaires (voir la conférence que Robert Bardinter a donné en 2011 lors des 2èmes Rencontres Droit Justice Cinéma quand il commentait le film soviétique Les dentelles).

A bientôt

Lionel Lacour